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La culture sureté et sécurité dépend des savoirs et de la qualité des rapports sociaux |
Le lundi 26
juin, la direction du parc nucléaire
personnifiée par Messieurs STRICKER, CHEVALON et
JEANDRON recevait les fédérations au motif que
le niveau de sûreté au CNPE de Dampierre
nécessitait des mesures autoritaires dont la teneur
sera dévoilée en septembre. Cette
intervention peu ordinaire parce qu'il s'agit d'un site en
particulier, doit nous amener à
réfléchir à quelque endroit où
nous exerçons notre travail d'agent d'EDF. C'est vrai,
depuis plusieurs mois à Dampierre, un certain nombre
d'incidents significatifs de différents niveaux ont
été répertoriés
et
déclarés. Le
départ rapide du précédent directeur
n'y a rien changé, puisque après tout, la
politique n'a pas été modifiée. Fait
symptomatique, lors de la réunion avec le parc
nucléaire, la direction n'a d'aucune façon
évoquée la moindre autocritique, son analyse
se bornant aux limites du site de Dampierre, y reconnaissant
quelques erreurs de management, mais dissociant le climat
social du climat professionnel. Qui se
souvient de la façon dont les réformes de la
maintenance et de la conduite ont été
menées, pourra trouver une partie de réponse
à cette situation. Celles-ci ont été
imposées plus que partagées, la direction
prenant le risque d'établir un mauvais climat, peu
propice à la bonne intégration des individus,
condition pourtant essentielle pour assurer une bonne
sûreté. En fait,
rien sur les autres sites nucléaires n'est
fondamentalement différent de Dampierre. Des choix
effectués par les établissements, sans
l'avouer directement, de prioriser la productivité
découlent une dégradation de la
sûreté et de la sécurité. Cela se
traduit par une succession "de petits abandons", de petites
disgrétions qui peuvent générer de
mauvaises habitudes. L'essentiel
étant pour la direction que les impératifs de
production soient assurés. La
sûreté comme la sécurité ne sont
évaluées que lorsque l'accident ou le presque
accident (expression contestable) apparaissent. Tant qu'un
site échappe à ce genre
d'événement, il est réputé
sûr. Cela ne signifie en rien qu'il le soit et la
fluctuation des indices de comparaison entre CNPE, bien que
partielle et partiale, révèle la
fragilité de ces évaluations. Or, force
est de constater que les agents ne sont dans l'ensemble pas
reconnus positivement lorsqu'ils privilégient un acte
de sûreté et qui plus est, de
sécurité, au détriment de la production
immédiate. On sait
qu'en la matière, aucun geste de l'homme n'est
anodin. Son sérieux et son intégration quant
au respect de la sûreté et des règles de
sécurité dépend forcément de la
confiance qu'il a en sa hiérarchie notamment, et de
la considération dont celle-ci fera preuve pour tout
acte positif mené dans ce domaine. Que dire
aussi de l'attitude managériale en organisme
statutaire. Certes les CHSCT qui relèvent du domaine
législatif sont incontournables et de ce fait
à peu près respectés. Mais les CMP et
S/CMP n'ont jamais été autant
déconsidérés. La formule
"j'ai décidé", utilisée tant et plus
par les directeurs d'unité, formule appliquée
sous prétexte que ce sont des organismes
consultatifs, en résume l'état d'esprit. Les
dirigeants dirigent seuls, imposent les contraintes de
temps, de moyens, de budgets et donnent seuls les fausses
solutions en terme d'organisation et répartition des
moyens, aux problèmes que leur politique
génère. A notre
sens, le malaise se situe là, éviter
d'affronter ce débat n'amènera qu'une
dégradation, un déséquilibre
supplémentaire au décalage constaté
entre les intentions affichées et la
réalité. Ne paie t-on pas également le
fait que pour des questions d'intégration aux
objectifs de productivité, les besoins de formation
technique ont été sous-estimés
Chez les
cadres, la valeur technique n'est plus
appréciée à sa juste valeur, les cadres
techniciens issus du terrain étant de plus en plus
déconsidérés, d'où perte de
référence pour l'ensemble. Dans ses
différents rapports, la DSIN l'exprime avec ses mots,
la dérive concerne bien l'ensemble du parc. Hier
Paluel, aujourd'hui Dampierre, demain un autre
site. Au fond peu
importe, le mal se situant d'abord dans cette sorte
d'autosuffisance dont la direction du parc se drape depuis
quelques années et qui l'amène à
s'isoler de ses agents. Il est
même choquant que le management ne sache réagir
que lorsque les organismes de contrôle externe tel la
DSIN ou l'AIEA s'expriment. En fait,
l'évolution culturelle décisive en
matière de sûreté serait que les
directions sachent à nouveau écouter et
considérer ce qu'en interne le personnel et ses
organisations syndicales essayent de faire
valoir. C'est bien
ensemble que l'on progressera, pas à partir des
errements actuels. Melun, le 8
août 2000