Qui veut voyager loin, ménage sa monture!

 

La CGT a toujours milité pour une politique énergétique nucléaire. Mais à plusieurs conditions : 

  • réponse aux besoins de consommation au meilleur coût, dans le respect strict des règles de sûreté et de sécurité,
  • indépendance d'approvisionnement des matières premières,
  • démocratie et transparence associant salariés et population aux grandes décisions.

 Effet d'annonce ou réelle volonté, toujours est-il que les Directions d'EDF viennent d'annoncer que le parc nucléaire REP pourrait fonctionner entre 40 et 60 ans. Pour un scoop, c'est un scoop.

 Il va falloir cependant, pour passer du rêve à la réalité, que ces mêmes Directions changent radicalement leur fusil d'épaule en matière de maintenance et d'exploitation des diverses tranches, qu'elles soient du palier 900, 1300 ou 1400 MW. Car à vouloir à tous crins allier tout nucléaire et disponibilité supérieure à 80 &emdash; 85 %, on ne peut dire que l'état actuel du parc lui permettra d'atteindre les 60 ans ni même les 40 ans.

 En effet, les tranches nucléaires ont été construites pour assurer la production de base du pays, et non pour assurer la régulation du réseau, ce qui est le rôle d'autres secteurs tels que l'hydraulique ou les turbines à gaz. Or, très rapidement, les Directions ont utilisé le parc pour assurer le téléréglage, amenant les exploitants à modifier régulièrement les niveaux de production en fonction des besoins du réseau. Cela a eu et a toujours à l'heure actuelle pour effet de solliciter les divers matériaux et matériels de manière très importante, ce qui n'est pas sans conséquence sur leur durée de vie. S'agissant de la maintenance, on est dans un premier temps passé de 80 % du travail assuré par du personnel statutaire et 20 % de personnel prestataire à la situation inverse (avec toutes les conséquences que chacun connaît sur la précarité des conditions de vie et de travail de cette population nomadisée). Et, il y a quelques années, décision a été prise de passer de la maintenance préventive (on anticipe largement sur les risques de panne en démontant régulièrement divers organes de la centrale) à la maintenance prédictive (on ne démonte que ce qui risque de casser prochainement voire on attend que cela casse), l'objectif de la démarche étant de réduire encore plus les durées d'arrêt de tranche pour révision et rechargement.

 A faire fonctionner nos tranches de la sorte, nous rencontrons déjà des problèmes techniques non négligeables : 

  • blocage des mécanismes de grappes de contrôle (trop souvent sollicitées du fait des variations de charge), 
  • tubes de générateurs de vapeur régulièrement percés (et donc bouchés pour colmater la fuite), avec pour conséquence une baisse de la productivité,
  • vibrations turbines anormales, 
  • fissures sur cuves et couvercles, 
  • déformation des assemblages combustibles suite aux points chauds/points froids,
  • débits de fuite importants sur les pompes primaires, 
  • échauffement des circuits magnétiques des alternateurs, 
  • production exagérée d'effluents issus de produits de fission,
  • sollicitation exagérée des soupapes réglantes 
  • etc… etc…

 Ces faits sont régulièrement dénoncés par la CGT dans les organismes paritaires, mais en vain jusqu'à présent (encore qu'aujourd'hui, la Direction ait pris la décision de faire revenir certaines tranches à un régime de base). Mais au nom de la sûreté et du sacro-saint principe que le seul à en être garant, c'est le chef d'unité, les discussions tournent souvent court.

 Une telle situation n'est plus acceptable, surtout si l'on a la prétention de faire vivre les tranches nucléaires aussi longtemps. Il est impératif que les Directions écoutent enfin le personnel en revenant à une politique de maintenance et d'exploitation, peut-être plus coûteuses à court terme, mais garantes d'un fonctionnement durable des entités nucléaires.

 Cela impose une utilisation des réacteurs à puissance nominale et la construction d'autres unités classiques aptes à répondre aux impératifs de réponse aux variations de consommation de la population et des industries.

 Cela impose que les salariés et les citoyens se réapproprient un outil de travail qui leur appartient et que les Directions leur ont confisqué pour répondre aux seuls critères de rentabilité. Les 7000 MW qu'EDF est en train de céder aux capitaux privés seront-ils produits avec le soucis de la sûreté nucléaire? On peut en douter. Le candidat Jospin et son compère Roussely auront bien mérité du MEDEF.

Melun le 08 0ctobre 2001

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Sureté Nucléaire