Le 06/11/2001

Le démentèlement: un métier d'avenir qui demande des moyens.

Depuis quelques mois, la Direction d'EDF a pris la décision d'accélérer les activités de déconstruction des centrales nucléaires de sorte que " le retour à l'herbe " des sites concernés intervienne avant 2025 ( au lieu de 2038 dans la stratégie précédente).

Les tranches concernées sont Brennilis, Chooz A, Creys Malville et les 6 tranches UNGG de Chinon, Bugey et St Laurent.

Cette nouvelle orientation est motivée par la Direction notamment par les arguments suivants :

- Une meilleure garantie de sûreté en terme de tenue dans le temps des équipements sensibles et de conservation des compétences et des données propres aux installations.

- Prendre en charge dès aujourd'hui les solutions industrielles et les coûts liés au démantèlement des centrales existantes afin de faire la démonstration de la maîtrise de l'ensemble de la filière nucléaire de la construction jusqu'à son démantèlement. Ceci contribue à maintenir ouverte l'option nucléaire du futur.

- Mettre à profit l'expérience des premiers démantèlements pour bâtir l'organisation et la filière industrielle nécessaire au démantèlement des tranches REP qui interviendra à partir des années 2020.

En nous en tenant à la lettre, nous ne pourrions qu'être d'accord avec cette façon de présenter les choses.

La réalité vécue sur l'ensemble des sites et les discussions qui accompagnent la constitution de l'unité nationale d'ingénierie dédiée à la déconstruction (CIDEN) permettent de douter du bon aboutissement de ces objectifs. Des mesures correctrices immédiates sont à prendre.

 

Maintenir les compétences et les effectifs :

Le constat fait sur tous les sites concernés par les activités de déconstruction est le même :

Les activités de déconstruction font figure de parent pauvre sur les sites nucléaires plus enclins à diminuer de façon drastique les coûts d'exploitation (surtout lorsque ceux-ci n'ont pas d'incidence directe avec le prix du kWh produit) que de financer le démantèlement des tranches en fin de vie.

Ainsi, la pyramide des âges des effectifs affectés aux activités de déconstruction est préoccupante et conduira, si rien n'est entrepris, à perdre l'historique fin de tranches d'ici 5 à 7 ans. Pourtant, la maîtrise de la déconstruction est très liée à la conservation de l'historique radiologique, topographique de la tranche. Qui d'autre que le personnel qui a démarré et exploité ces tranches pendant des dizaines d'années est mieux placé pour mettre ses compétences au profit du démantèlement de leur tranche ? Encore faut-il que le démantèlement ne soit pas considéré comme une activité de fin de carrière pour le personnel, non valorisante et sans avenir.

Même avec un raccourcissement des délais de déconstruction de 50 à 25 ans, ce ne sera pas la même génération d'exploitants qui aura démarré et exploité la tranche et qui la mettra à l'arrêt pour déconstruction. Cela implique, comme pour toute activité durable, d'embaucher et de transférer les compétences entre générations.

Les questions d'entreposage des déchets radioactifs ne sont pas pris en compte à leur juste mesure, ce qui est source à la fois de gâchis et de risque dans la maîtrise de la gestion de la radioactivité. L'entreposage sur site, même s'il est provisoire avant évacuation des déchets pour stockage définitif nécessite que des études et des moyens spécifiques soient mis en oeuvre. Où sont les budgets pour cela ? Qui mène les études ?

Mettre en place des moyens et une organisation d'ingénierie adaptés :

La déconstruction est un métier en cours de constitution qui doit faire appel à des équipes locales mixtes entre exploitants et ingénieries. La maîtrise complète de la filière industrielle ne peut se faire sans la mise en place d'une structure nationale disposant de moyens pour construire une doctrine technique et industrielle propre à ce domaine et prendre la responsabilité de la maîtrise d'ouvrage.

Or aujourd'hui, le CIDEN, qui représente cette structure, est manifestement sous-dimensionné pour faire face à la tâche et ses missions en terme d'études, d'anticipation, de politique industrielle sont mal définies.

Oeuvrer pour une maîtrise publique des activités de déconstruction :

Les activités de démantèlement sont des activités d'avenir qui vont s'étendre sur des dizaines d'années et concerneront à terme tout le palier REP.

Le marché financier est énorme, et se chiffre en milliards de francs. Pour l'instant les activités de démantèlement qui se sont déroulées sont restées assez proches des métiers d'exploitation. Les phases de déconstruction à venir (notamment le démantèlement des parties actives) font appel à des techniques inconnues aujourd'hui dont l'exécution nécessite des études, des expérimentations aussi bien au sein de notre ingénierie que chez les industriels.

Les moyens et l'organisation à mettre en oeuvre pour que les activités de démantèlement soient totalement maîtrisées par le service public et ne soient pas livrées à la sous-traitance sont à l'image de ceux qui ont permis de concevoir et démarrer les centrales aujourd'hui en exploitation avec une répartition des tâches entre exploitation et ingénierie en fonction du rôle et des métiers de chacun.

Répondre aux revendications des personnels de l'exploitation et de l'ingénierie :

Un des axes essentiels pour éviter l'appropriation complète de ce secteur par les entreprises privées sans maîtrise technique et financière est de répondre aux revendications des personnels concernés :

- donner au CIDEN les moyens d'intervenir comme unité compétente dans le domaine,

- gréer des équipes communes locales dédiées et assurer le transfert de connaissances,

- procéder à des embauches dans la filière en exploitation et dans l'ingénierie,

- revaloriser les qualifications notamment dans les métiers d'exploitation,

- Débloquer les financements pour tenir compte des enjeux et notamment du raccourcissement des délais de " retour à l'herbe " en fonction des décisions prises.

La CGT n'entend pas rester les deux pieds dans le même sabot sur ce dossier important où la transparence doit être de rigueur.

Aussi a-t-elle pris la décision de demander la convocation d'un CMP extraordinaire pour ouvrir les débats et obtenir de la direction toutes les informations actuellement en sa possession.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de la teneur de ces débats pour le moins importants.

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