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Depuis quelques mois, la
Direction d'EDF a pris la décision
d'accélérer les activités de
déconstruction des centrales nucléaires de
sorte que " le retour à l'herbe " des sites
concernés intervienne avant 2025 ( au lieu de 2038
dans la stratégie
précédente).
Les tranches
concernées sont Brennilis, Chooz A, Creys Malville et
les 6 tranches UNGG de Chinon, Bugey et St
Laurent.
Cette nouvelle orientation
est motivée par la Direction notamment par les
arguments suivants :
- Une meilleure garantie de
sûreté en terme de tenue dans le temps des
équipements sensibles et de conservation des
compétences et des données propres aux
installations.
- Prendre en charge
dès aujourd'hui les solutions industrielles et les
coûts liés au démantèlement des
centrales existantes afin de faire la démonstration
de la maîtrise de l'ensemble de la filière
nucléaire de la construction jusqu'à son
démantèlement. Ceci contribue à
maintenir ouverte l'option nucléaire du
futur.
- Mettre à profit
l'expérience des premiers
démantèlements pour bâtir l'organisation
et la filière industrielle nécessaire au
démantèlement des tranches REP qui
interviendra à partir des années
2020.
En nous en tenant à
la lettre, nous ne pourrions qu'être d'accord avec
cette façon de présenter les
choses.
La réalité
vécue sur l'ensemble des sites et les discussions qui
accompagnent la constitution de l'unité nationale
d'ingénierie dédiée à la
déconstruction (CIDEN) permettent de douter du bon
aboutissement de ces objectifs. Des mesures correctrices
immédiates sont à prendre.
Maintenir les
compétences et les effectifs :
Le constat fait sur tous
les sites concernés par les activités de
déconstruction est le même :
Les activités de
déconstruction font figure de parent pauvre sur les
sites nucléaires plus enclins à diminuer de
façon drastique les coûts d'exploitation
(surtout lorsque ceux-ci n'ont pas d'incidence directe avec
le prix du kWh produit) que de financer le
démantèlement des tranches en fin de
vie.
Ainsi, la pyramide des
âges des effectifs affectés aux
activités de déconstruction est
préoccupante et conduira, si rien n'est entrepris,
à perdre l'historique fin de tranches d'ici 5
à 7 ans. Pourtant, la maîtrise de la
déconstruction est très liée à
la conservation de l'historique radiologique, topographique
de la tranche. Qui d'autre que le personnel qui a
démarré et exploité ces tranches
pendant des dizaines d'années est mieux placé
pour mettre ses compétences au profit du
démantèlement de leur tranche ? Encore
faut-il que le démantèlement ne soit pas
considéré comme une activité de fin de
carrière pour le personnel, non valorisante et sans
avenir.
Même avec un
raccourcissement des délais de déconstruction
de 50 à 25 ans, ce ne sera pas la même
génération d'exploitants qui aura
démarré et exploité la tranche et qui
la mettra à l'arrêt pour déconstruction.
Cela implique, comme pour toute activité durable,
d'embaucher et de transférer les compétences
entre générations.
Les questions d'entreposage
des déchets radioactifs ne sont pas pris en compte
à leur juste mesure, ce qui est source à la
fois de gâchis et de risque dans la maîtrise de
la gestion de la radioactivité. L'entreposage sur
site, même s'il est provisoire avant évacuation
des déchets pour stockage définitif
nécessite que des études et des moyens
spécifiques soient mis en oeuvre. Où sont les
budgets pour cela ? Qui mène les études
?
Mettre en place des
moyens et une organisation d'ingénierie
adaptés :
La déconstruction
est un métier en cours de constitution qui doit faire
appel à des équipes locales mixtes entre
exploitants et ingénieries. La maîtrise
complète de la filière industrielle ne peut se
faire sans la mise en place d'une structure nationale
disposant de moyens pour construire une doctrine technique
et industrielle propre à ce domaine et prendre la
responsabilité de la maîtrise
d'ouvrage.
Or aujourd'hui, le CIDEN,
qui représente cette structure, est manifestement
sous-dimensionné pour faire face à la
tâche et ses missions en terme d'études,
d'anticipation, de politique industrielle sont mal
définies.
Oeuvrer pour une
maîtrise publique des activités de
déconstruction :
Les activités de
démantèlement sont des activités
d'avenir qui vont s'étendre sur des dizaines
d'années et concerneront à terme tout le
palier REP.
Le marché financier
est énorme, et se chiffre en milliards de francs.
Pour l'instant les activités de
démantèlement qui se sont
déroulées sont restées assez proches
des métiers d'exploitation. Les phases de
déconstruction à venir (notamment le
démantèlement des parties actives) font appel
à des techniques inconnues aujourd'hui dont
l'exécution nécessite des études, des
expérimentations aussi bien au sein de notre
ingénierie que chez les industriels.
Les moyens et
l'organisation à mettre en oeuvre pour que les
activités de démantèlement soient
totalement maîtrisées par le service public et
ne soient pas livrées à la sous-traitance sont
à l'image de ceux qui ont permis de concevoir et
démarrer les centrales aujourd'hui en exploitation
avec une répartition des tâches entre
exploitation et ingénierie en fonction du rôle
et des métiers de chacun.
Répondre aux
revendications des personnels de l'exploitation et de
l'ingénierie :
Un des axes essentiels
pour éviter l'appropriation complète de ce
secteur par les entreprises privées sans
maîtrise technique et financière est de
répondre aux revendications des personnels
concernés :
- donner au CIDEN les
moyens d'intervenir comme unité compétente
dans le domaine,
- gréer des
équipes communes locales dédiées et
assurer le transfert de connaissances,
- procéder à
des embauches dans la filière en exploitation et dans
l'ingénierie,
- revaloriser les
qualifications notamment dans les métiers
d'exploitation,
- Débloquer les
financements pour tenir compte des enjeux et notamment du
raccourcissement des délais de " retour à
l'herbe " en fonction des décisions
prises.
La CGT n'entend pas
rester les deux pieds dans le même sabot sur ce
dossier important où la transparence doit être
de rigueur.
Aussi a-t-elle pris la
décision de demander la convocation d'un CMP
extraordinaire pour ouvrir les débats et obtenir de
la direction toutes les informations actuellement en sa
possession.
Nous ne manquerons pas
de vous tenir informés de la teneur de ces
débats pour le moins importants.
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