Les Moyens de production d'énergie en Seine et Marne


 

- Le 18/10/2000: L'Union Départementale CGT 77 et les Syndicats CGT (SPPTE Centre et SICTAM Centre) ont élaboré des propositions soumises au débat public concernant les moyens de production d'électricité en Seine et Marne.

Ces propositions ont été déposées le 18 octobre auprès du ministère de l'industrie et de la préfecture de Seine et Marne.

Un débat Public aura lieu le 30 octobre prochain à 17h à l'espace St Jean à Melun

 

PROPOSITIONS CONCERNANT L'AVENIR INDUSTRIEL DES SITES SEINE ET MARNAIS DE PRODUCTION D'ENERGIE ELECTRIQUE DE MONTEREAU (VERNOU LA CELLE) ET VAIRES SUR MARNE

 

Ce document qui ne se veut pas exhaustif rassemble un certain nombre de propositions pouvant être adaptées aux sites de production électrique de Vernou la Celle et Vaires sur Marne.

Avant toute chose, il nous semble important de préciser le sens de notre démarche. En effet, bien qu'initiateurs et organisateurs de ce débat, nous ne voulons pas spécifiquement rester propriétaires et dépositaires des propositions et réflexions que nous livrons.

Au contraire, nous estimons que les choix en matière d'énergie sont trop souvent pris en dehors de concertations véritables et donc déconnectés des réalités locales, départementales et régionales.

Nous voulons simplement concourir à l'élaboration des meilleurs projets possibles et nous consentons à cet effort particulier parce que nous croyons qu'il y a encore aujourd'hui des volontés politiques d'horizons divers susceptibles de donner une impulsion différente, un contenu plus riche et marqué de " régionalité " aux choix qui seront effectués.

La situation actuelle:

Si rien n'est entrepris, dans les quelques années qui viennent, le département de Seine et Marne aura perdu la totalité de ses moyens de production d'électricité EDF : les deux centrales de Vaires et Vernou, sont faiblement équipées puisque seules subsistent sur chacune d'elles une tranche de 250MW en capacité de production (les prévisions de fermeture sont pour Vernou : 2004 ; pour Vaires : 2004 ou 2008).

Cette situation n'est pas fondamentalement différente de celle de l'ensemble du parc thermique à flamme de l'Ile de France puisque les 5 sites (Porcheville, Champagne sur Oise, Vitry sur Seine, Vernou et Vaires sur Marne) sont de toutes façons concernés par l'abaissement des normes de pollution qui doivent être appliquées (pour 2004 ?) et par le vieillissement voire l'obsolescence inéluctable des installations (même si des dispositions provisoires telle l'adjonction de brûleurs au gaz à Vitry permettraient une baisse, jusqu'à 40 % des émissions de polluants).

Les questions :

- Faut-il les remplacer ?

- Par quoi les remplacer ?

Nous pensons que chaque site doit être préservé, mais nous restons persuadés que leurs situations géographiques et environnementales détermineront pour une grande part le rôle qui leur sera assigné vis-à-vis du réseau notamment, ainsi que la technologie qui leur sera la mieux adaptée.

L'objet étant de traiter les sites de notre département, nous nous bornerons donc aux centrales de Vaires et Vernou, celles-ci étant les seules relevant de notre " influence " territoriale, cette approche pouvant de toute façon inspirer et engendrer des répercutions sur les autres dossiers.

Faudrait-il les remplacer ?

Notre avis est qu'il est nécessaire de reconstruire de nouvelles unités de production, ce pour plusieurs raisons.

Leur utilité quant au réseau : malgré que les moyens de production en Ile de France ne peuvent satisfaire que 5 % de sa consommation, la direction d'EDF objecte que le maillage électrique de notre région, ceinturée par une ligne 400 KV et pénétrée de 11 " radiales " offre une sécurité d'alimentation satisfaisante.

Notre avis est que cette vision là est optimiste voire optimum car ce système ne reposant que sur le transport (pylônes) est vulnérable en cas de tempête, en cas d'attentat ou d'accident. D'ailleurs, années après années, les prévisions d'EDF d'utilisation du thermique à flamme sont largement sous estimées (comme la météo), révélant ainsi l'écart existant entre la volonté de faire disparaître ces centrales et les nécessités qu'imposent la réalité.

L'Ile de France qui est la troisième région économique du monde n'en a pas terminé avec son développement (ceci n'est pas un vœu mais un fait) et on ne peut décemment pas demander à la population francilienne d'accepter encore plus de pylônes.

Enfin, parce que l'activité urbaine engendre des consommations journalières aux amplitudes importantes (différence entre la consommation de base et la consommation de pointe) qui se répercutent sur la façon dont EDF exploite son parc nucléaire, cette technologie n'étant pas faite pour assurer des variations de charge. Ceci entraîne donc une usure prématurée de certains organes, l'usure la plus connue étant celle des mécanismes de variation de puissance du cœur du réacteur. D'autres phénomènes en résultent, notamment une production accrue d'effluents.

Par quoi les remplacer ?

EDF a besoin de rééquilibrer son parc, la part du thermique à flamme étant inférieure à 7 %, dans la production nationale.

Chaque technologie présente ses avantages et ses inconvénients. La question de l'émission de polluants (notamment le CO_) concerne le thermique à flamme. Mais ce dernier offre aussi des avantages : souplesse d'utilisation, possibilité de brûler différentes sortes de combustibles..

En effet, les technologies d'aujourd'hui permettent aussi de faire appel à divers combustibles même de mauvaise qualité, tels du charbon, brais de pétrole, ordures ménagères, boues de station d'épuration, biomasse, tout en maîtrisant la formation des polluants.

NOUS N'ORIENTONS PAS NOTRE REFLEXION A PARTIR DE LA SEULE ET NECESSAIRE PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ.

Nous devons tenir compte de l'environnement dans tout le sens du terme ce qui implique d'étudier la situation géographique (zone urbaine, semi-urbaine) la situation économique et son évolution, et la situation sociale.

Nous voulons pour Vaires et Vernou des projets qui s'insèrent véritablement dans la réalité locale, étudier les possibilités que celles-ci peuvent offrir en amont et en aval du projet, sans jamais oublier que la Seine et Marne, désormais espace de développement de l'agglomération parisienne a besoin de mieux maîtriser son dynamisme économique, de rééquilibrer ses zones de développement et de combattre le recul de l'emploi industriel, celui-ci occupant actuellement 24 % des salariés du département.

Ce n'est donc pas une entreprise, soit-elle nationalisée, qui peut intégrer à elle seule l'ensemble de la problématique.

Vaires sur Marne:

Nous ne pouvons pas tout miser sur la multiplication des lignes de transport en région parisienne et Vaires est proche de la ceinture 400 KV et de l'important poste de Villevaudé. Cette centrale a toujours eu un rôle important quant au maintien de la tension et malgré les améliorations propres au transport d'électricité, sa position vis-à-vis de la sécurité du réseau reste privilégiée.

L'essor rapide de la ville nouvelle de Marne la Vallée (Disneyland, 60 000 établissements à vocation internationale, 110 000 emplois) et les besoins en énergie qu'il implique apparaît comme un élément supplémentaire de la réflexion.

Son emplacement (zone urbaine), sa surface et le débit de la Marne en limitent toutefois les possibilités.

On pourrait penser qu'un cycle combiné gaz, bien intégré en milieu urbain puisque peu polluant, serait la solution. De plus, comme pour d'autres projets, la vapeur générée pourrait servir aussi au chauffage urbain. L'inconvénient d'une telle technologie est que son utilisation en " base " n'est pas au point et que les prix du gaz, actuellement alignés sur ceux du pétrole, sont fluctuants et évolutifs dans le temps.

Autres solutions seraient l'installation d'une centrale à charbon propre de faible puissance (200 à 300 MW) type LFC, ou encore d'une usine d'incinération d'ordures ménagères, ces deux hypothèses lient la possibilité de production d'électricité de base et celle de vapeur de chauffage.

Mieux, les technologies actuelles de chaudières à " lit fluidisé circulant ", permettent de brûler dans la même chaudière des charbons ou résidus du charbon ainsi que des ordures ménagères, ce qui offrirait des débouchés tant pour les déchets seine et marnais que pour ceux venant de Paris et sa banlieue.

L'alimentation sera vraisemblablement bien adaptée par voie ferrée, celle consistant à utiliser la voie fluviale devant être examinée.

Le stockage du charbon comme celui des ordures ménagères ne serait pas visible, puisque établi sous couvert.

L'émission de polluants sera limitée par l'ensemble des techniques maintenant éprouvées en configuration industrielle, la combustion lente, son recyclage, le filtrage et le lavage des fumées étant des solutions maintenant bien maîtrisées.

La question restante est de savoir quelles logiques vont l'emporter entre un projet industriel et les réflexions qui émergent ça et là d'implantation de projets immobiliers et de loisirs sur les terrains de l'actuelle centrale.

Vernou la Celle (Montereau):

La situation du site est déterminante quand il s'agit de proposer de nouvelles installations. Et la conclusion est qu'il serait dommage qu'elles soient uniquement dévolues à la pourtant nécessaire production d'énergie électrique.

Les atouts naturels sont cette situation privilégiée sur la Seine, à proximité d'une voie ferrée, près du poste haute tension du Chesnoy, près d'une tuyauterie d'alimentation de gaz, près du centre de recherche EDF des Renardières, près de l'école EDF de Gurcy le Châtel, à 20 km de la raffinerie de pétrole de " Grandpuits ", à 70 km de Paris, en zone semi-urbaine.

Ce site est dimensionné pour recevoir une centrale de puissance élevée (600 MW) avec le réfrigérant atmosphérique nécessité par l'interdiction qui est faite pour les centrales de cette puissance de rejeter de l'eau chaude dans le fleuve.

La possibilité d'adjoindre des installations industrielles complétant le projet existe aussi, ce qui donnerait à l'ensemble une cohérence et une complémentarité unique.

C'est pourquoi nous nous prononçons contre toute tentative de parcellisation des terrains, d'autant que les entreprises actuellement intéressées pour s'y implanter peuvent retrouver des conditions similaires aussi bien dans la zone industrielle de Montereau que sur l'ancien site Jeumont Schneider à Champagne sur Seine.

Enfin, comme l'environnement social et économique de la région est sévèrement touché (19 % de chômage), cité comme territoire historique de désindustrialisation, il serait pour le moins heureux de saisir une vraie opportunité de relance de l'activité économique autour de ce projet qui se veut le plus intégré possible.

Nos propositions:

Pour un tel site, deux solutions de technologies nouvelles de centrales thermiques, plus propres plus performantes seraient adaptées aux réalités décrites ci avant.

1. LE LIT FLUIDISE CIRCULANT

La plus connue à ce jour est celle du lit fluidisé circulant, la chaudière permettant par une combustion lente, à basse température, de valoriser des combustibles de mauvaise qualité tout en maîtrisant la formation de polluants, dégageant un faible taux d'imbrûlés dus à la faible température de combustion, à la recirculation de ces particules vers le foyer.

L'avantage que présente cette technologie si elle est dimensionnée pour, est de brûler des déchets divers. Le charbon (terme générique qui se décline en plusieurs familles), les ordures ménagères (pour ce faire il faut qu'elles soient triées et préparées), les brais de pétrole, les boues des stations d'épuration et la biomasse.

On peut ainsi mesurer l'intérêt régional que ce projet implique. Le charbon serait utilisé pour assurer un pouvoir calorifique minimum au " mélange ". Les autres combustibles sont à disposition dans l'environnement proche du site et trouveraient là un débouché naturel alors que jusqu'alors, leur stockage et leur traitement pose un véritable problème :

- Les brais de pétrole issues du raffinage (Grandpuits ?).

- Les ordures ménagères dont on connaît les difficultés de débouchés. Leur collectage pourrait s'effectuer non seulement en Seine et Marne avec le " gisement " Montereau, Nemours, Provins, Mormant mais aussi, après l'abandon du projet " Vitry ", en région parisienne (au moins 400.000 tonnes/an) qui connaît des problèmes de manque de débouchés. Le transport des ordures ménagères s'effectuerait par barges équipées de containers (Gennevilliers - Montereau). Nous savons par ailleurs que des financements européens sont possibles pour ce qui est de l'incinération en centrale thermique.

- Les boues de stations d'épuration

La Seine et Marne est un département de stockage et d'épandage des boues de stations d'épuration de Paris et sa banlieue. Celui-ci s'avère de plus en plus difficile à réaliser. Or, la technique à lit fluidisé permet leur incinération si elle est dimensionnée pour.

- Biomasse

Cette possibilité est à traiter avec notre proposition évoquée ci-après de l'installation en parallèle à la centrale, d'une unité de production de biocarburants qui nécessite la proximité d'une source d'énergie (vapeur) indispensable au maintien des bains à 50 °C.

2. LA GAZEFICATION INTEGREE A UN CYCLE COMBINE (IGCC)

Cette technologie qui relève plus de la chimie que du thermique consiste à fabriquer un gaz de synthèse par oxydation partielle sous pression, de combustibles tels le charbon, les brais de pétrole et des déchets divers comme les huiles, les boues.

Ce gaz de synthèse, comme dans un cycle combiné va " travailler " dans une turbine à gaz dont l'énergie est ensuite transformée en vapeur dont l'utilisation peut être livrée à une seconde turbine ou à des utilisations secondaires.

Selon les combustibles utilisés il y a possibilité de fabriquer de l'hydrogène (composant de l'essence) qui peut être renvoyé en raffinerie (projet Gonfreville). Peut venir s'ajouter dans le cas d'une gazéification à l'oxygène, une séparation d'air qui délivre de l'oxygène et donc de l'azote.

Cette technologie est réputée très propre (il faut procéder au nettoyage des gaz et à la désulfuration) d'un rendement élevé si on intègre bien toutes les possibilités d'utilisation qu'elle permet, et peu génératrice de CO2.

Elle est considérée comme la technologie du futur. L'inconvénient est qu'il n'existe que quelques prototypes dans le monde.

Pour une puissance de 500 MW l'investissement peut s'élever à 5 milliards de francs. L'investisseur ne pourrait donc qu'être soutenu par des aides européennes compte tenu des expériences qui pourraient en retour servir à la réalisation d'un parc de ce type.

Contrairement au LFC, l'IGCC n'est pas souple d'utilisation, il faut 3 jours pour la démarrer.

- Le CO2

Ce gaz, presque inévitable puisque conséquence de toute activité humaine, est le premier responsable du réchauffage de la planète. Sa réduction, voire son élimination devient un souci dès lors qu'il s'agit d'utiliser des combustibles d'origine fossile (charbon, gaz, pétrole).

Le CO2 peut être capté à 90 %, principalement par lavage chimique des fumées. Si l'IGCC permet un piégeage facile du CO2, le captage dans le LFC abaisse son rendement de façon significative (moins 20 %).

Sa transformation ne peut s'effectuer que par la reforestation. Son stockage est à l'étude, souterrain ? sous-marin ? rien n'est encore décidé.

- Le charbon

C'est un terme générique tant les charbons sont de qualités diverses. Il apparaît, contrairement aux idées reçues, comme étant une énergie d'avenir que l'on sait maintenant extraire et exploiter dans des conditions de sécurités optimales. Avec 73 % des réserves d'énergie fossile au monde, ses prix fluctuent beaucoup moins que ceux du gaz. Les nouvelles technologies, notamment celles connues sous la dénomination " lit fluidisé " présentent l'avantage de pouvoir brûler de multiples combustibles, des résidus de combustibles, en respectant sans difficultés les réglementation SO_, d'oxydes de carbone, d'azote et de poussières.

- Le gaz

L'incertitude du prix des combustibles pétroliers ajoutée à la limitation des réserves de gaz, estimées à environ 60 ans d'utilisation (9 % des combustibles fossiles) doit inciter à la prudence. Qui plus est, on peut considérer comme une erreur écologique que d'utiliser un combustible aussi rare et aussi noble à l'échelle de l'humanité en transformant son énergie en électricité.

- L'installation d'une unité de production Biocarburants

La proximité d'une source d'énergie étant indispensable pour maintenir les bains à 50 °C. Les zones de culture et d'élevage (Seine et Marne, Yonne) couplées à la proximité de la région parisienne, celle de la raffinerie (le diester est le résultat d'un mixage avec du fioul à hauteur de 30 %), l'accessibilité plaident pour cette implantation. Les domaines d'utilisation qui en découlent sont :

- Le secteur alimentaire (huile, corps gras, …)

- Cosmétiques

- Pharmacologie (produits de synthèse)

- Bâtiments (stabilisation du bois par glycérines)

- Recyclages des fibres (tourteaux pour l'alimentation du bétail)

Aujourd'hui, la France n'atteint que le quart du quota fixé par l'Union européenne en production de biocarburants, ce quota devant être atteint en 2006. Des fonds sont disponibles pour le développement de ce type de production.

 

Melun le 16/10/2000

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