Le 30/09/2003

"Pour un syndicalisme durable" ou la trahison des siens

DENIS COHEN
« POUR UN SYNDICALISME DURABLE »
Entretien avec Pascal Pogam journaliste à La Tribune.

 

Le texte ci dessous est le commentaire de P Vergos (militant de la CGT)
En gras les extraits du livre

 Certes M. Cohen se donne toujours une image de défenseur d'entreprise publique voire même, avec l'aide de son complice Pascal Pogam, de « personnage incontournable du paysage énergétique français ». Mais on ne trouvera pas dans ce livre, dont on ne sait pas à qui vont les droits d'auteur, l'éloge de la loi de nationalisation et de notre statut, qui apparaissent d'autant plus modernes que l'on s'enfonce dans des rapports sociaux dignes du XIX siècle et que l'insécurité économique augmente. Pas plus qu'on ne trouvera d'appel à la résistance face à l'autisme brutal des libéraux.

La loi de nationalisation voulue par le communiste Marcel Paul et le statut du personnel ne sont pas le socle du réformiste Cohen, du passé il fait quasiment table rase notamment en ce qui concerne la... CGT.

Page 120. Il faut imaginer ce que représente ce virage stratégique pour une organisation (la CGT) habituée à fonctionner en vase clos depuis des décennies...

Page 122. La CGT doit passer du syndicalisme bouclier au syndicalisme intelligent.

Page 130. Il n'y a plus vraiment de place pour le manichéisme à l'ancienne.

Page 174. Les choses doivent évoluer, car nos schémas de pensée datent pour la plupart du siècle passé : cessons de parler de défaites ou de désaveu lorsque les salariés ne sont pas du même avis que nous, cessons d'imposer aux gens des solutions toutes faites et surtout, surtout, apprenant à dire autre chose que non !

Page 176. Les salariés ne veulent plus de syndicalistes à l'ancienne, qui se contentent de dire non à tout et d'appeler à la grève en montant sur leur tonneau.

Page 178. J'ai voulu nous éviter de retomber dans le syndicalisme tribunitien.

Quant à l'UFICT le jugement est aussi sans appel :

Page 141. Chez nous, je considère par exemple que l'UFICT a du mal à se démarquer d'une démarche égoïste, consistant à défendre d'abord les intérêts des cadres statutaires.

On se demande comment la CGT a pu  devenir le premier syndicat de France, avec des syndiqués CGT (qui apprécieront) au comportement égoïste, manichéen, poujadiste, qui sont capables que de dire  « non » et même qui ne sont pas intelligents ! On n'ose pas imaginer ce qu'il pense des autres salariés syndiqués ! Par contre la CFDT s'en sort bien :

Page 127. Je n'oublie pas pour autant ce que la CFDT a pu nous apporter. Je dirais même qu'elle nous a appris le réformisme, au bon sens du terme.

Page 127. Après tout, si la CFDT n'avait pas signé l'accord de 1987, je ne toucherai peut-être pas d'intéressement à l'heure qu'il est !

L'efficacité du réformisme c'est :

Page 123. Lorsqu'on s'inscrit dans la discussion, lorsqu'on accompagne les réformes, on s'aperçoit très vite qu'on est en mesure de peser sur les choix.

Ce qui le conduit à accompagner (collaborer avec) le monde économique voulu par la commission de Bruxelles : bras séculier du capitalisme.

Page 29. En se creusant à un peu la cervelle, nos deux entreprises auraient pu adopter une posture originale leur permettant de s'épauler tout en respectant les critères imposés par Bruxelles. Je m'explique : en prenant une participation dans l'Italien Montedison EDF  a par exemple hérité d'intérêts gaziers en Libye et en Égypte. Une façon de transformer notre optimum hexagonal en optimum européen.

Page 32. Dans l'Europe de l'énergie en construction, comment faire de EDF et de GDF des groupes comme les autres, sans leur faire perdre en route le sens de l'intérêt général, qui a toujours caractérisé nos monopoles historiques ? Il y a là une forme d'organisation a inventer...

Page 54. Proposer la CNR, la SNET ou la SHEM à des sociétés étrangères, pour leur permettre de s'implanter dans l'hexagone et faire taire les critiques de Bruxelles, pourquoi pas.

La loi de nationalisation n'étant pas le socle du réformisme, Monsieur Cohen, après s'être débarrassé du passé peut donc réfléchir au futur et par-là accepter (collaborer avec) la construction libérale de l'Europe :

Page 22. Si nous voulons que ça change, il nous faut continuer à expliquer à anticiper les bouleversements futurs. Bref, ils n'ont faut parler d'avenir.

Page 32. Si quelqu'un est capable de me démontrer par A+B qu'une ouverture partielle du capital répond en premier lieu à des impératifs de développement, si l'on me prouve qu'elle facilite des alliances intelligentes, je suis prêt à regarder.

 Ce quelqu'un c'est lui même, voir en suivant Page 34.

Page 34. Je me dis que les échanges d'actions faciliteraient par exemple les coopérations industrielles et commerciales. Observez ce qui se passe dans le secteur aérien : personne ne voulait nouer de partenariat avec notre compagnie nationale quand elle était 100 % publique. Les choses ont changé après l'ouverture du capital d'Air France et aujourd'hui, je suis bien obligé de reconnaître qu'une alliance comme SkyTeam me paraît intelligente.

Page 35. Intellectuellement, la filialisation, et pourquoi pas la mise en bourse des activités internationales paraît séduisante.

Page 37. Ma conception de la nationalisation repose de plus en plus sur la notion de maîtrise publique et sociale.

Page 38. À ceux qui veulent changer le statut de EDF et de GDF, ouvrir leur capital,

je dis : O.K., parlons-en.

Page 65. Il s'agit de réhabiliter l'idée de coopération entre opérateurs d'un même secteur d'activité, qu'ils soient publics ou privés.

Page 75. Question : si je vous entends bien, la dérégulation peut être une source de progrès pour l'opérateur national ? Réponse : je suis obligé de le reconnaître.

Page 84. Une forme d'expansion éthique ne se justifie-t-elle pas lorsque ses retombées bénéficient aux populations locales ? Vu sous cet angle, il devient plus difficile de condamner les investissements de nos opérateurs à l'étranger !

L'entreprise EDF GDF d'avant le réformisme ne s'en sort pas mieux que la CGT.

Page 71. La question importante à mes yeux, c'est celle de la maîtrise publique. Et sur ce point, je considère que EDF est loin d'avoir été un modèle de renvoie aux usagers.

-En matière de décentralisation, tout reste à faire.

-Il n'y a aucune immersion dans la réalité locale.

-Les élus devraient être associés aux décisions.

-Je pense en tout cas que ces décisions ne répondent pas toujours à ce besoin de proximité.

-D'une façon générale, je considère que EDF ne donne pas assez de pouvoir aux élus...

-Selon moi, les nouvelles règles du jeu vont forcer EDF à prendre un peu mieux en compte les exigences locales. S'il ne le fait pas, des opérateurs décentralisés le feront mieux que lui.

-Faisons en sorte que les élus ne soient pas tentés de se tourner vers d'autres opérateurs que EDF.

On se demande comment on peut d'un côté se proclamer défenseur d'un service public qui a fait ses preuves et de l'autre admettre l'existence d'autres opérateurs privés ? Car quelque soit « l' opérateur » choisi, il n'y aura toujours qu'un seul câble pour alimenter une installation. L'usager, transformé en client, habitant la région toulousaine qui achète son « produit électricité » au pied de l'Acropole se verra privé d'électricité lorsque Golfech cessera de produire et ce quelque soit le contrat de qualité négocié avec le fournisseur!  Il faut être un intégriste du « marché » pour croire que l'électricité produite en Grèce va traverser l'Europe pour alimenter le client toulousain. Les opérateurs privés ne doivent leur existence qu'aux surcapacités de production d'EDF, vendues sur le marché « Powernex » avec la bénédiction de la directive de « gauche » et imposées par Bruxelles pour « fluidifier le marché ».

Si EDF est de plus en plus critiquable c'est bien de la volonté de M. Roussely qui ne cesse de détruire l'entreprise en multipliant les réformes les unes après les autres.

Roussely c'est : le fruit du travail des salariés et l'argent des usagers englouti à coup de milliards dans des gouffres financiers pour la simple conquête de marchés et qu'il faudra rembourser, ce sont les réformes incessantes qui désintègrent l'entreprise et brisent les liens internes de solidarité envers le service public, c'est le président qui après s'en être défendu plaide maintenant pour une ouverture du capital (« ouverture du capital » est le terme employé par la « gôche » de Lionel Jospin pour éviter de dire  « privatisation partielle »), ce sont des salariés et des usagers qui vivent une situation dégradée, c'est le stress, la démotivation, les coupes sombres dans les effectifs, la chute du pouvoir d'achat, la chute de la qualité du service public, les attaques contre les acquis sociaux et les garanties collectives.  Par contre aux yeux de Monsieur Cohen Monsieur Roussely est un PDG très fréquentable, quand cela ne va pas c'est évidement pas de la faute de son président.

Page 180.A mon avis, EDF en a connu deux : Marcel Boiteux et François Rousselly. C'est-à-dire le président historique, celui qui a jeté les bases de la tarification et les grands principes de l'entreprise ; et le président qui a permis de faire avancer les choses, fort du soutien de Lionel Jospin et de la marge de manœuvre que lui a donné la reprise du dialogue avec la CGT.

François Rousselly a aussi une réelle vision stratégique.

Page 21. Le président François Rousselly avait décidé de rassembler 15 000 salariés de l'entreprise au palais des sports de Bercy. Un grand raout pour tout se dire, les yeux dans les yeux. Dix-huit mois plus tard, rien n'a été fait pour apaiser les inquiétudes exprimées. C'est une insulte à l'intelligence !

On a fait croire aux salariés que leurs réflexions pouvaient changer le cours des choses... Moi-même j'y croyais...

L'espoir suscité à Bercy est mort, parce que le management et les chefs d'unité n'ont pas joué le jeu.

Le réformisme c'est aussi les nouvelles pratiques syndicales en particulier le :

Page 119. Dire aux salariés : ce que vous voulez, nous le voulons n'est pas une démarche démagogique.

Mais c'est la définition de la démagogie !

On n'a pas demandé aux salariés s'ils voulaient que l'on remplace dans les statuts de la CGT : P6 du carnet d'adhérent : « à la CGT, les grandes ou petites décisions, les orientations, les objectifs les moyens sont décidés par les syndiqués. »,  « au moment de la décision c'est celle de la majorité des syndiqués qui prévaudra » par le « ce que vous voulez nous le voulons ».

On n'a pas demandé aux salariés s'ils voulaient que l'on change les pages 9 et 12 du carnet d'adhérent CGT : « la CGT agit pour une société démocratique, libéré de l'exploitation capitaliste et des autres formes d'exploitation et de domination », « elle combat l'exploitation capitaliste et toutes les formes d'exploitation du salariat » par introduction en bourse, échange d'actions, adossement public-privé, donner des entreprises publiques au privé, collaborer à la construction libérale de Bruxelles...

Une des premières mesures prises par Margareth Tatcher pour affaiblir les syndicats a été de promulguer une loi faisant en sorte que certaines décisions ne soient plus prises par les syndicats (donc les syndiqués) mais par l'ensemble des salariés. La manœuvre est évidente : l'ensemble des salariés décide en fonction des médias. En France depuis la "gôche" plurielle l'écrasante majorité des médias est entre les mains des adhérents du Medef. Par le « ce que vous voulez nous le voulons » le loup Medef est entré dans la bergerie CGT comme il est entré dans la bergerie l'Humanité (journal auquel collabore Mr Cohen) lorsque ce journal a décidé d'ouvrir son capital au marchand de canons Lagardère, entre autres.

 C'est avec cette formule démagogique « ce que vous voulez nous le voulons » que le réformisme montre son côté pernicieux qui anticipe et accompagne les réformes du libéralisme. Après la soit disant « directive de gauche », masquée par la loi sur les 35 heures, la triste affaire du relevé de conclusion sur le supposé problème des retraites en est la preuve.

Page 138. Je pense par exemple que la profession ne pourra pas justifier longtemps un taux de cotisations salariales de 7,5 % alors que celui des salariés du secteur privé avoisine    12 %. Au nom de quoi un agent EDF paierait-il moins que les autres pour sa retraite ?

Au nom de quoi les salariés du privé cotiseraient à 12% alors que le PIB a augmenté entre 1993 (année où le supposé problème des retraites est apparu)  et 2001 de 38%, et augmentera d'ici à 2040 (année supposée de la catastrophe) de 50% selon les chiffres des libéraux,pour une augmentation de la population de 3% !

Au nom de quoi les agents EDF/GDF devraient cotiser à 12% alors que le président de la République, lui même, a fait cet aveux le 14 Juillet 2003 : « Nous n'avons aucune idée de ce que sera la croissance en 2015, d'une part, sur le plan de la démographie et, d'autre part sur le plan de la croissance. Cela ce sont que des affirmations. Il y aura certainement des efforts à faire, mais il n'est pas question de les engager avant que nous sachions réellement quelle sera la situation ». Aveux confirmés par Raffarin et Mer qui après avoir prévu une croissance de 2,5 % en 2004 la révise à 0,8% ! Soit un écart de plus de 300% !

Rappelons que dans le relevé de conclusion il est marqué noir sur blanc qu'il y a problème des retraites que si on change les statuts de l'entreprise.

Page 151. Depuis l'effondrement d'ENRON, on sait qu'il faut être fou pour lier les retraites des salariés à la santé financière de leur groupe.

Il a sans doute échappé aux réformistes que tous les gouvernements, y compris celui de « gôche » de Jospin (qui a privatisé autant que Chirac, Balladur et Juppé réunis), n'ont eu de cesse de vider de sa substance la retraite par répartition au profit des Fonds de pension. Lesquels Fonds de pension en achetant des actions d'entreprises côtées captent une partie des richesses crées pour payer la retraite de leurs bénéficiaires. Une action ( donc son rendement et sa plus value) est étroitement liée à la santé financière de l'entreprise et à la spéculation. Comme on l'a vu plus haut l'actionnariat ne fait pas peur à Mr Cohen, mais il fallait ouvrir la voie à Messieurs Raffarin et Roussely :

Page 149. Question : Perçu à la fois comme le premier volet de la réforme générale préparée par le ministre des affaires sociales, François Fillon, et comme une première étape en vue de l'ouverture du capital de EDF et de GDF, le vote du personnel a surpris pas mal de monde. Avec le recul, regrettez-vous de vous être autant impliqués ? Réponse : absolument pas.

Pas de démenti aux affirmations du journaliste.

Page 154. La négociation avait débouché sur un compromis équilibré, susceptible de satisfaire tout le monde : les patrons, parce que la structure financière des entreprises s'en trouvait allégée ; le gouvernement, par ce qu'une discussion sur les retraites aboutissait enfin à quelque chose ; mais aussi les salariés, car quoi quand en dise, la plate-forme commune comportait quelques avancées non négligeables et des garanties appréciables.

Page 154. Question : Vous voulez dire qu'en définitive, les négociations engagées sur le mode de financement vous ont permis d'améliorer le régime lui-même ? Réponse : ça ne fait aucun doute !

 Ces avancées qualifiées de « non négligeables » se conçoivent dans le statut futur de l'entreprise tel que voulu par le relevé de conclusion, elles ne le sont pas par rapport à notre statut actuel !

Page 152. Il fallait effectivement faire vite, pour éviter que nos discussions viennent télescoper le grand débat national sur les retraites.

Page 153. Le relevé de conclusion qui a été remis au gouvernement et qui doit servir de base à une loi s'est construit sur des propositions et des revendications syndicales.

Page 175. Depuis le début, notre stratégie a consisté à laisser les salariés peser sur le cours des choses.

Le relevé de conclusion qui en a découlé n'est ni à un projet patronal, ni un texte gouvernemental. C'est le fruit des salariés, de leurs revendications.(qui n'en veulent pas).

Page 182. Le dossier des retraites la bien montré : Rousselly  voulait cette réforme, et quoi qu'on dise, il a cédé sur de nombreux points pour parvenir à ses fins.

Page 163. Question : considérant que le relevé de conclusion avait été approuvé par trois organisations sur cinq, le gouvernement a décidé de poursuivre la réforme de votre régime de retraite. Ce qui relance la polémique sur la notion d'accord majoritaire. Avez-vous songé à saisir la justice, comme vous l'aviez fait en 1997 ? Réponse : non. La question ne s'est même pas posée puisque le texte signé n'est qu'un protocole d'accord, sans valeur juridique.

Page 184. On l'a bien vu à propos des retraites : si les responsables syndicaux n'avaient pas commencé par sécuriser le dossier avec les politiques, le relevé de conclusion n'aurait jamais vu le jour !

Les réformistes avaient donc décidé dès le début de ne pas faire ce que les salariés voudraient en participant à des négociations qui serviraient de base à une loi libérale qui ne pourrait être annulée légalement par le choix des salariés !

La formule démagogique « ce que vous voulez nous le voulons » a ses limites :

Page 130. Il ne s'agit pas de se plier systématiquement aux desiderata du personnel, mais d'enrichir notre relation avec lui.

Page 128. Je connais des endroits, en France, où l'on compte seulement quatre syndiqués pour 500 salariés. Au nom de quoi ces quatre gars-là décideraient pour les autres.

Page 157. Je le répète : un accord d'entreprise ne peut se réduire à l'accord des seuls syndiqués.

Page 158. Les syndiqués réagissent comme les autres salariés.

Ce qui est en complète contradiction avec la phrase précédente. 

Pour que le « oui » l'emporte, donc pour faire plaisir à messieurs Roussely et Raffarin le réformisme ne recule pas devant certaines manœuvres :

Page 160. Lorsqu'on épluche les résultats bureau par bureau, on voit bien qu'il n'y a aucune cohérence des votes par rapport aux consignes locales.

Page 161. La CGT s'est donnée la peine d'expliquer les enjeux du dossier, sans jamais imposer son point de vue aux salariés.

Sauf aux salariés CGT, à moins que M. Cohen ne s'exprime au nom des autres fédérations signataires.

L'aspect légèrement démocratique du « ce que vous voulez nous le voulons » disparaît à l'aune des faits :

Page 203. J'ai voulu prouver qu'il était possible d'organiser sa succession en douceur, le plus naturellement du monde.

Dans la vie de tous les jours, il faut montrer que la démocratie est une réalité de l'organisation.

Le réformisme porte en lui le schisme. Reste à savoir, pour l'avenir de notre syndicat, qui a perdu 15 000 adhérents en six ans, si on devient réformiste par manque de discernement ou par volonté délibérée d'affaiblir les organisations auxquelles on adhére ?

Page 87. Sous la bannière de l'antimondialisation, je sens la fraîcheur et la mobilisation d'une jeunesse qui veut faire bouger les choses. Je regrette que cette fraîcheur s'accompagne de pratiques politiciennes inspirées par des soixante-huitards attardés, dont la soif de notoriété constitue la seule ambition. José Bové, je le connais depuis plus de quinze ans... A mon avis, le type de militantisme médiatisé qu'il représente est condamné.

Je suis convaincu qu'une mondialisation maîtrisée peu permettre de vivre mieux.

Ce n'est pas ce qui a été constaté lors du rassemblement du Larzac 2003 qui fort de ses 250 000 à 300 000 participants a complètement marginalisé les partis dits de « gauche » de plus en plus inquiets pour leur avenir ! La mondialisation, quant à elle, est maîtrisée par la Commission de Bruxelles, l'OMC, la Banque Mondiale, le FMI, l'OCDE etc…

A propos du Parti Communiste et de la CGT :

Page 192. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : jusque-là, je reconnais que nous nous sommes plantés. Mais il ne faut pas baisser les bras... Selon moi, les électeurs se sont éloignés de nous (le PC) parce que nous nous sommes arrêtés au milieu du gué.

On l'a compris, ce sont les électeurs qui n'ont rien compris. Je ne suis pas sûr que la persistance à prendre les électeurs pour des imbéciles serve la cause du réformisme.

Pages en 193. Si ce courant-là (les orthodoxes) avait balayé celui de Robert Hue, qui me semble être celui de la modernité, j'en aurais tiré les conclusions qui s'imposent. À l'heure où je vous parle, je ne serai plus dirigeant du parti.

Page 202. J'ai fait partie des gens qui ont théorisé la nouvelle stratégie de la CGT.

Page 175. Je me serai vraiment inquiété si j'avais perçu une remise en cause profonde de notre démarche syndicale, alliant rapport de forces et négociations, proposition et consultation. En ce cas, nos tiraillements internes auraient fragilisé la ligne défendue par Bernard Thibault au niveau confédéral.

Le réformisme n'a pas l'intention de désarmer, il ne répondra pas à la question : « pourquoi 15000 adhérents nous ont quittés ?».

A l'heure où un nombre grandissant de citoyens décident de résister à l'horreur libérale, où un nombre grandissant de salariés EDF/GDF décident de résister à la démolition de nos entreprises par des présidents tels que Mr Roussely (on a compris pourquoi Mr Raffarin  garde un président acquis aux thèses libérales et qui s'entend si bien avec le secrétaire du syndicat majoritaire) le réformisme a décidé, lui, de collaborer. Cette collaboration est soulignée par le manifeste, écrit par un collectif de hauts cadres, signé  « Jean Marcel Moulin ». Depuis que la gauche plurielle a promulgué cette loi scélérate sur la confidentialité qui condamne tout salarié qui divulgue des données économiques à de lourdes peines pécuniaires, on ne saura pas qui est derrière « Jean Marcel Moulin ». Par contre l'allusion est claire, Jean Moulin était le préfet chargé de coordonner les mouvements de résistants français pendant qu'une partie de la France collaborait,  « Marcel » fait référence à messieurs Marcel Paul et Marcel Boiteux qui ont bâti le service public que François démolit.

Ce ne sont pas les réformistes, qui anticipent les réformes des capitalistes libéraux et qui ont élimé le Parti Communiste, qui vont fédérer les résistances grandissantes. Par contre Raffarin se sent naturellement plus déterminé à poursuivre les « réformes », il a attendu la victoire des réformistes au congrès de Montpellier pour lancer la réforme des retraites et, comme il le dit lui-même clairement, il attend la victoire du réformisme au congrès de Biarritz pour poursuivre la transformation de nos entreprises.

Un militant CGT : P. Vergos

Je ne puis m'empêcher de joindre ces fortes paroles (non ciblées) de Dominique Voynet :

« Je n'aime pas les livres politiques. Je m'agace de ces ouvrages qui ne constituent qu'une étape parmi d'autres d'une campagne de communication destinée à consolider l'image de l'auteur, ou à la changer ; en tout cas à préparer l'imaginaire du lecteur-électeur à d'autres rendez-vous… Je doute de la sincérité de l'auteur, quand son avenir politique en dépend. Nous donne t-il à lire ce qu'il pense vraiment, ou ce que ses électeurs veulent entendre, ou… ce qu'il croit devoir leur confier »

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