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Chers Camarades
Il y a plus d'un an
maintenant, nous lancions la préparation du
congrès de la CGT.
Aujourd'hui, nous y sommes
! Vous y êtes, vous les délégués
au 47ème congrès confédéral, et
je vous souhaite la bienvenue !
L'ensemble de la direction
confédérale, des fédérations,
des unions départementales ont fait le choix
d'encourager au maximum le processus démocratique
pour préparer ce congrès.
Nous avons, dans un
premier temps, interrogé les syndiqués pour
qu'ils expriment leurs attentes, nous fassent part de leurs
opinions sur la situation, sur les responsabilités de
la CGT, sa démarche et son fonctionnement.
Nous appuyant sur les
orientations arrêtées au
précédent congrès, nous avons fait le
choix de quatre projets de résolutions
diffusés à tous les adhérents. nous
avons voulu que les discussions se précisent, que les
avis se croisent avant l'heure des décisions.
Les réunions de
syndiqués se sont multipliées sous
différentes formes, tantôt à
l'entreprise ou sur la localité. De nombreuses
contributions écrites nous sont parvenues, beaucoup
d'entre elles ont été publiées. 168
syndicats ont transmis des amendements écrits aux
projets de résolutions.
Le congrès de la
CGT, c'est celui des syndicats de la CGT, c'est au nom de
leurs syndiqués que vous êtes réunis
jusqu'à vendredi. C'est vous qui avez la
responsabilité de transformer les attentes en
espoirs, de prendre les bonnes décisions, de
préciser l'orientation de notre action en prenant
appui sur nos atouts, et ils sont nombreux, pour permettre
au syndicalisme de franchir des seuils.
Depuis un moment
déjà, les spéculations fleurissent, les
pronostics vont bon train..
Il faut y voir d'abord un
signe de reconnaissance de ce que nous sommes : la
première organisation syndicale de salariés de
notre pays. Ça ne peut pas laisser
indifférent.
Chez certains
commentateurs un peu désabusés, on
décèle un regret, celui de constater la
permanence d'une CGT toujours aussi influente et, qui plus
est, avec un plus grand nombre de syndiqués.
D'autres ressassent de
façon obsessionnelle des « analyses » qui
seraient alarmantes si elles ne relevaient pas de
l'élucubration fantaisiste : « nous serions en
proie aux doutes, nous ne saurions plus qui nous sommes et
où nous allons ». Bref, à la CGT, ce ne
serait plus le débat mais la débandade !
Eh bien non ! Je suis
désolé pour eux, mais à la CGT en
général et quand on prépare un
congrès tout particulièrement, ça
discute, ça réfléchit et puis
après, ça décide et ça met en
uvre. C'est ce qu'on appelle la démocratie et
la responsabilité, c'est-à-dire qu'il n'y a
pas de prime à donner à ceux qui crient le
plus fort en s'agitant beaucoup.
« Vont-ils se
recentrer ? De qui vont-ils se rapprocher ? La CGT va-t-elle
devenir réformiste ? Va-t-elle se durcir, se
radicaliser ? ».
Beaucoup ne
résistent pas à la tentation de s'enfermer
eux-mêmes derrière cette très originale
grille de lecture !
La CGT serait donc plus
influençable qu'influente ? Et pourquoi diable
serions-nous condamnés à copier ? Et copier
qui et pourquoi faire ?
Il y a tout juste un
siècle, à quelques centaines de mètres
d'ici, 165 délégués,
représentant 458 organisations de la CGT et 122 000
syndiqués, décidèrent de donner une
assise plus large et plus solide à la
Confédération en réunissant en une
seule et même organisation les
fédérations d'industrie et de métiers,
réputées révolutionnaires, et la
fédération des Bourses du Travail,
prétendument réformiste, alors qu'elle
était dirigée par un anarcho-syndicaliste
convaincu ! Une organisation syndicale unique qui allait
être le moteur des luttes, entre autres pour la
journée de 8 heures. Après l'acte fondateur de
1895, c'était là - a-t-on dit plus tard-
« la 2ème naissance de la CGT ».
Le contexte a
changé et il faut se garder de sombrer dans
l'anachronisme, en sous-estimant le décalage existant
entre eux, héritiers directs de la révolution
de 1848 et de la Commune, et nous qui abordons le
21ème siècle. Pourtant, notre
référence à la Révolution
française est toujours vivante, le contenu
libérateur progressiste et universel de la devise
républicaine - Liberté, Egalité,
Fraternité -continue à être au cur
de notre conception des luttes sociales. Mais surtout, nous
mesurons chaque jour combien l'esprit de combativité
et l'exigence de l'unité du monde du travail, sont
« les bonnes clés » pour affronter les
défis d'aujourd'hui, celles là même que
nous ont livrées les camarades qui ont fondé
la CGT au siècle dernier.
Oui, nous continuerons
à défendre ardemment cette conception du
syndicalisme, et nous puisons dans les résultats des
élections prud'homales de décembre des
éléments de confiance pour redoubler nos
efforts.
Nous voyons dans ce
succès, bien loin d'être acquis par avance,
tout le contraire de la nécessité d'une
révision déchirante mais bien des
encouragements à poursuivre dans notre ambition de
nouvelles conquêtes sociales.
Oui, ce résultat de
la CGT en a surpris plus d'un et parfois même dans nos
propres rangs.
Il faut bien
reconnaître que plus d'un avait tiré des plans
sur la comète. D'aucuns pensaient que les
bouleversements économiques, politiques allaient
conduire à un effondrement, dont ils
espéraient tirer avantage. Pour d'autres, les tenants
de « l'archaïsme syndical » allaient devoir
céder leur place aux champions de la «
modernité ».
Bref, tout cela ne s'est
pas produit et il est un fait que tous doivent admettre, bon
gré mal gré : les salariés de notre
pays continuent, année après année et
dans la durée, de placer la CGT en tête de leur
préférence syndicale, et c'est une très
bonne nouvelle.
Un congrès de la
CGT c'est toujours un événement. À tel
point que celui-ci aurait eu une influence sur le calendrier
gouvernemental, notamment s'agissant de la réforme
des retraites
Il faut dire que le gouvernement
s'intéresse aux congrès. Lors du dernier,
celui du MEDEF, le Premier Ministre a même fait le
déplacement. C'était une première.
Sans doute ce gouvernement
se devait-il de reconnaître au MEDEF qu'il n'avait pas
ménagé sa peine pour un changement de
majorité gouvernementale : l'organisation patronale
attend d'ailleurs avec confiance et insistance le retour
d'ascenseur et, pour plus de sûreté, elle a
placé certains des siens à des postes clefs :
c'est ce qu'on appelle mettre la ceinture avec les bretelles
!
L'accueil
réservé au Premier Ministre fut des plus
enthousiastes. Gêné après coup que l'on
puisse y voir un attelage, le chef de l'Exécutif
s'est défendu en suggérant qu'il pourrait tout
aussi bien souscrire à une invitation syndicale. Pour
notre part, nous ne pouvions pas lui garantir un accueil
aussi chaleureux que celui préparé par
Monsieur Ernest Antoine SEILLIERES ! C'est sans doute ce qui
l'a fait renoncer.
Chers Camarades,
Notre congrès
s'ouvre, chacun en a conscience, dans un contexte d'une
exceptionnelle gravité.
L'administration
américaine a déclenché la guerre sur le
territoire irakien, dans une des zones les plus fragiles et
les plus tourmentées du globe.
Le régime irakien
est sans contestation possible une dictature sanglante, dont
les syndicalistes furent les premières victimes. Mais
il suffit de rappeler qu'il a perpétré la
plupart de ses exactions avec le consentement ou
l'absolution de toutes les grandes puissances qui lui ont
tour à tour ou simultanément prodigué
les moyens les plus délétères pour les
accomplir. Même l'épisode
précédent de la guerre du Golfe
n'échappe pas à ce constat. Il y aurait en
effet beaucoup d'intérêt à
élucider les motifs pour lesquels l'intervention
militaire massive dirigée par les américains
s'est brutalement interrompue, offrant miraculeusement une
survie au régime.
Les prétextes
invoqués par l'administration américaine et
les quelques chefs d'Etats européens qui ont cru bon
de la soutenir, évoquent la capacité de nuire
de ce régime et ses liens présumés avec
le terrorisme international. Il est de
notoriété publique que cette capacité
de nuire, pour son malheur, ne pouvait plus viser que la
population irakienne, comme celle ci a été la
seule victime des conséquences de l'embargo. C'est le
renforcement de l'implantation militaire et politique des
Etats unis dans cette région du monde qui
était déjà et sera encore plus une
source de recrudescence du terrorisme.
Forme extrême de la
violence politique s'exerçant sur les populations
civiles, incompatible avec les droits humains, le terrorisme
disqualifie toutes les causes qu'il prétend
défendre : il doit être résolument
combattu. Le vendredi 14 septembre 2001, dans le cadre de la
journée de deuil décrétée en
hommage aux victimes des attentats du 11 septembre j'ai
déclaré, au nom de la CGT, que nous
comprenions l'émotion du peuple américain et
la détermination de la nation américaine
à rechercher, à poursuivre et condamner ceux
qui avaient accompli cet acte ignominieux.
En affirmant la
légitimité de cette attitude, nous avions
aussi clairement indiqué que la lutte contre le
terrorisme international exigeait beaucoup de discernement
et de responsabilité politique, et ne pouvait pas
espérer de succès durable en s'affranchissant
unilatéralement d'une étroite
coopération internationale. Pour nous, cet
événement dramatique survenu sur le sol
américain est le signe d'un mauvais état du
monde et de la nécessité de l'avènement
d'une nouvelle ère dans la conception et
l'organisation des rapports économiques et
politiques.
Il doit conduire la
communauté internationale à reconnaître
la satisfaction des exigences sociales comme un facteur
déterminant pour la paix et la sécurité
: la France et l'Europe ont le devoir et les moyens de faire
prévaloir cette orientation.
Après l'implosion
du système soviétique certains milieux
dirigeants américains, nourrissent l'ambition,
à la fois illusoire et dangereuse, de régenter
l'ordre international. S'appuyant sur la suprématie
de leur capacité d'intervention militaire ils
veulent, au nom de leur conception des intérêts
des Etats-Unis, imposer le maintien de leur leadership sur
l'organisation de la globalisation économique et
financière.
Il y a malheureusement
continuité et consanguinité entre la
fébrilité guerrière du Président
BUSH et de son entourage et une série de
décisions prises par Washington ; celle de ne pas
ratifier l'accord d'Ottawa visant à interdire la
production, la vente et l'usage des mines antipersonnel,
celle de reprendre le programme connu sous le nom de «
la guerre des étoiles », celle de refuser la
compétence de la Cour pénale Internationale,
celle de ne pas ratifier les accords de Kyoto sur la
protection de l'environnement planétaire, celle de
renoncer à la mise en place d'une politique
énergétique plus économe et plus propre
et de lui préférer un contrôle politique
des ressources mondiales, celle de boycotter la
conférence de Johannesburg sur le
développement durable, et cetera, et cetera
L'option choisie par les
Etats-Unis leur évite de s'interroger sur les bases
réelles de leur domination actuelle sur le monde et
sur les risques qu'elle comporte pour eux mêmes et
pour les autres.
Où peut aller le
monde si un Etat prétend imposer sa propre vision en
étant sourd aux dizaines de millions de manifestants
de tous les continents, de toutes convictions et de toutes
confessions !
Quel avenir veut-on nous
préparer en opposant les cultures et en prônant
les croisades ?
Combien de temps encore,
ceux qui viennent de s'affranchir du respect du droit
international vont-ils considérer les
résolutions de l'ONU sur la Palestine comme lettre
morte ? Quand l'engagement pour une paix juste et durable
dans cette région du monde prendra-t-il enfin le pas
sur l'arrogance guerrière et la haine de l'autre ?
Il faut se mobiliser pour
obliger les Etats-Unis et la Communauté
internationale à mettre fin à
l'intolérable situation dans les territoires
palestiniens.
La voie qui tourne le dos
au principe d'égalité entre tous les hommes,
principe qui est au fondement de la démocratie comme
il est au fondement de l'institution des Nations-Unies, est
mauvaise pour le monde dans lequel nous vivons tous. Nous
savons que de nombreux citoyens américains partagent
ce point de vue et le défendent avec énergie.
En témoigne la lettre conjointe du président
de l'AFL -CIO et du secrétaire général
des TUC britanniques adressée à leur
gouvernement respectif.
La CGT approuve les
positions et les initiatives du Chef de l'Etat et de la
diplomatie française. Elle se félicite de la
communauté de vue qui s'est instaurée entre la
France, l'Allemagne et la Belgique.
Il est réconfortant
d'assister à une mobilisation des opinions publiques
sur tous les continents, à des prises de conscience
nouvelles pour dessiner l'avenir de l'humanité.
Cette guerre n'est ni
légitime ni juste. Cette guerre doit cesser !
Il faut que l'Europe
s'affirme pour porter les valeurs susceptibles de
maîtriser la trajectoire du monde, de mettre un terme
à la vaste entreprise de dérégulation
économique et financière, de creusement des
inégalités et de dépossession politique
des citoyens. La mise en uvre d'un modèle
social européen est une composante incontournable
d'une vision du monde différente, une
référence neuve pour l'avenir.
S'il faut réagir
contre la désespérance, il faut aussi
arrêter de croire que, par une sorte d'enchantement
technologique, notre monde évitera le chaos et
l'engrenage de la barbarie, évoluera progressivement
mais naturellement vers un univers pacifié de
consommateurs branchés sur le réseau avec leur
carte de crédit.
Est il acceptable que,
pendant des années, ait pu déferler sur toutes
les longueurs d'onde le mythe de la nouvelle économie
? La bulle financière qu'elle a
générée explose maintenant, plongeant
des milliers de salariés dans le drame des
restructurations.
Les valeurs fondatrices de
la démocratie doivent reprendre des forces et
s'imposer. Elles seules peuvent fonder une politique
nouvelle s'attaquant globalement aux dérives de la
globalisation ; une politique qui nous affranchisse de la
tutelle des groupes transnationaux, des institutions
boursières et financières, de leurs diktats,
de leurs dérèglements et de leurs pratiques
scandaleuses.
Comme les travaux de notre
Conférence internationale d'hier l'ont bien
montré :
Les affaires du monde ne
doivent plus être laissées dans les mains du
monde des affaires.
Il n'est pas acceptable
que continue à s'afficher la démission
politique des gouvernements vis-à-vis des coups de
force économiques et que ceux-ci persistent à
considérer que ce domaine relève du droit
divin des employeurs et des institutions financières.
Au cours du 1er Forum
social régional de Florence et du 3ème Forum
social de Porto Alegre, l'ensemble des syndicats ont
réaffirmé l'exigence d'un nouveau rôle
des institutions internationales et l'adoption de normes
sociales dans les accords multi-latéraux.
Il faut absolument
éviter que le débat actuel dans le cadre de
l'OMC se fourvoie dans un affrontement Nord/Sud. Ne nous
leurrons pas, les intérêts des uns et des
autres ne convergent pas naturellement. Cela demande une
approche combinant l'aspiration au développement et
le respect des droits de l'homme au travail qui sont une
déclinaison des droits humains fondamentaux.
Toujours dans le cadre de
l'OMC, l'ouverture des négociations sur les services,
doit nous rendre plus vigilants et plus exigeants sur la
défense des services publics..
La préparation du
G8 en juin prochain à Evian, du Forum social de
Paris/Saint-Denis en novembre, sera propice à
multiplier les échanges et à intensifier notre
activité.
Ce qui doit être
à l'ordre du jour c'est de faire des groupes
internationaux des sujets de droit et
particulièrement de droit social. Le
déploiement de notre intervention au sein de ces
groupes constitue un des enjeux majeurs de notre action
syndicale.
Je voudrais maintenant
caractériser une situation politique,
économique et sociale en faisant
référence à ce que nous avons
vécu ces dernières années.
Des attentes sociales ont
été disqualifiées à priori
depuis 20 ans au nom d'une approche de l'économie et
de la compétitivité : la réduction
d'emplois devenait inéluctable avec son
cortège de licenciements, la précarité
s'installait comme la règle, en matière de
retraite, la capitalisation devait remplacer la
répartition, la santé comme les services
collectifs étaient trop chers
Chacun d'entre nous se
souvient de la difficulté à faire admettre que
nous puissions tout simplement discuter de solutions
alternatives ou même d'inflexion des choix qui nous
étaient présentés comme
inéluctables. C'est bien pour prendre le contre pied
de ce refus d'agir que nous avons, lors des dernières
élections présidentielles, envoyé un
mémorandum aux candidats qui résumait nos
principales revendications, en tirant les enseignements de
la période écoulée.
Le contexte actuel,
toujours marqué par le séisme du 21 avril,
concentre toutes les préoccupations que nous avions
analysées.
Constater une certaine
prise de distance entre les citoyens et la
représentation politique ne veut pas dire s'en
satisfaire et encore moins prétendre combler un vide
en sortant de notre rôle. Mais ce qui est
communément appelé « la crise du
politique » n'est pas sans conséquences sur la
réflexion et l'action syndicales.
Les partis politiques ont
pour ambition légitime d'accéder au pouvoir,
ce n'est naturellement pas l'objectif d'un syndicat. Mais,
le contenu de l'Etat ne se résume pas à la
conquête et à l'exercice du ou des pouvoirs qui
le constituent. Les institutions qui le composent sont des
lieux essentiels et permanents pour la régulation
sociale. Aussi, dès lors que cela peut être
utile à ses objectifs revendicatifs, la CGT doit
être fortement présente dans le débat
public. Dans ce cadre, elle peut entretenir, si
nécessaire, des relations avec toutes les
organisations démocratiques qui le souhaitent. Cela
exclut, cependant, toute attitude de soutien ou de
co-élaboration d'un projet politique quel qu'il soit.
La société
aujourd'hui est bien différente de celle de la
période où le syndicalisme a connu son plus
grand développement. Le clivage principal demeure :
sous l'empire des puissances financières, les
injustices, les inégalités et l'exclusion
s'aggravent dangereusement.
Mais des
solidarités forgées au cours de plus d'un
siècle de luttes syndicales et politiques,
constituants actifs de la conscience de classe, ont
été affaiblies.,.
Le sentiment maintenant
s'installe chez beaucoup de salariés qu'ils
n'auraient plus d'avenir. Ceux qui sont
particulièrement visés sont notamment les plus
jeunes sortis du système scolaire sans diplômes
et sans qualifications, ceux qui vivent les situations les
plus difficiles, les plus instables, les moins
considérées socialement. Ce qui était
autrefois un destin accepté, est devenu trop souvent
la marque d'une malédiction sociale nourrissant la
désespérance, terreau favorable aux
manipulations des politiciens populistes.
Les plus dangereux sont
ceux de l'extrême droite, capables de réunir de
nombreux suffrages en mettant en relation, sur fond raciste
et xénophobe, le processus de mondialisation,
l'immigration et l'insécurité. Le
succès de cet amalgame ne réside pas seulement
dans le talent de tribun de Le Pen, mais aussi dans la
capacité effective de son discours à donner
une cohérence et à verrouiller le
système de pensée de tous ceux qui,
déstabilisés ou se sentant abandonnés,
régressent dans le confort amer du ressentiment.
Je veux réaffirmer
devant le congrès qu'il n'y a aucune place, ni dans
notre point de vue, ni dans notre pratique, pour le racisme,
la xénophobie, l'autoritarisme, la morgue ou
l'étroitesse chauvine.
Il n'y en a aucune non
plus pour l'exacerbation des peurs collectives et la
manipulation démagogique des désarrois
sociaux, quelles que soient les étiquettes des
courants politiques qui en ont fait ou seraient
tentés d'en faire leur fonds de commerce.
Le Front National quant
à lui veut, sans complexe, se donner l'objectif de
capter durablement la confiance d'une partie importante des
salariés les plus modestes qui sont aussi les plus
exposés au durcissement de l'exploitation du travail
et les plus assujettis à la précarité
de l'emploi. La consolidation du Front National dans le
paysage politique français et le risque de sa
banalisation au plan européen constituent une menace
directe contre l'efficacité de notre combat pour
l'unité et la solidarité entre tous les
salariés.
Un des enseignements des
élections présidentielles, sur lequel certains
tournent bien vite la page, était un sentiment
général d'abandon de la part de la puissance
publique à tous les niveaux.
Le cynisme des chefs
d'entreprises et l'inertie du gouvernement heurtent de front
l'exigence de respect et de dignité qu'expriment les
travailleurs de toutes catégories. C'est aujourd'hui
le cas des salariés de Metaleurop, d'Air-Lib, de
Pechiney, de Daewoo et de bien d'autres encore. Les
exigences sociales et le besoin de considération
qu'ils expriment ne leur sont accordées ni par les
dirigeants des entreprises, ni par nombre d'hommes
politiques.
L'insécurité
sociale est la source de tous ces affrontement. Elle
s'amplifie par des mesures gouvernementales qui, au nom de
la réforme, affaiblissent notre système
solidaire.
Le gouvernement RAFFARIN,
s'appuyant sur le fameux « sentiment
d'insécurité » a engagé durant ces
6 premiers mois, par la voix de son ministre de choc, une
campagne sur le thème « le gouvernement veille
à votre sécurité individuelle, ne
craignez rien braves gens ! » Dans ce domaine, il y a
au contraire des raisons de craindre et, dans les autres,
peu de raisons d'espérer.
Au fil du temps, les
baudruches se dégonflent, l'ensemble de la politique
gouvernementale apparaît pour ce qu'elle est, un
pâté de formules creuses farcies de mesures
rétrogrades. Ce n'est donc pas une recette
susceptible de calmer une inquiétude, une
colère de plus en plus grandes chez les
salariés du public comme du privé.
Chaque jour voit son
cortège de licenciements. Chaque jour des femmes et
des hommes sont rejetés, pions anonymes
déplacés ou supprimés selon des
règles qu'ils ne maîtrisent pas.
Dépossédés de leur travail, la plupart
du temps sans aucune perspective d'emploi, ils sont les
laissés pour compte de la gestion capitaliste.
L'amertume et la souffrance qui en résultent sont
à l'aune de leur vie, brutalement
arrêtée parce ce que l'on nomme pudiquement
« suppressions d'emplois ». Et c'est à eux,
qu'à travers de nombreuses règles
d'indemnisation de l'UNEDIC, on a voulu faire la
leçon ! Ils n'avaient pas assez du cynisme, ils y ont
ajouté le mépris.
Il ne faut pas nous faire
prendre des vessies pour des lanternes.
Il n'est pas vrai que
cette situation soit due d'abord à des raisons
conjoncturelles. Bien sûr, la guerre n'arrange pas les
choses.
Ne laissons ni aux
employeurs ni à l'Etat le sentiment qu'ils pourraient
profiter de la situation pour engager et faire passer en
traître ou à la hussarde des mesures
d'austérité ou de régression sociale,
à l'instar des armateurs qui profitent d'une
pollution majeure pour procéder en toute
impunité à un dégazage de leurs soutes.
Rappelons que le
chômage grimpe depuis 18 mois, que le nombre de
créations nettes d'emplois a été
divisé par 8 en 2002, pour se rendre compte que les
« plans sociaux » et les licenciements n'ont rien
d'une génération spontanée.
L'industrie est la
première victime d'une logique qui privilégie
la recherche de la rentabilité la plus
élevée. La liste des activités, des
productions, des sites sacrifiés tout au long des
derniers mois, est significative de l'hémorragie que
connaît notre tissu industriel : métallurgie,
textile, agro-alimentaire, mines, chimie, pas un secteur
n'échappe au processus .
Mais ce sont aussi les
services, le commerce, les hautes technologies qui sont
touchées. L'État lui-même donne
l'exemple, entreprises et services publics sont mis au
régime minceur ou livrés à la
privatisation.
Nous ne décelons ni
dans le diagnostic, ni dans les lignes d'actions
proposées par le gouvernement une prise de conscience
à la hauteur de la situation.
Le chômage, la
précarité dans l'emploi, sont deux
fléaux qui continuent de miner la
société française et, plus largement,
les pays européens.
« Syndicats,
patronat, pouvoirs publics, mobilisons-nous tous ensemble
pour l'emploi » C'est le slogan que nous avons entendu
la semaine dernière, lors de la Conférence
gouvernementale pour l'emploi. C'est une escroquerie
dangereuse tant que l'on ne situe pas les
responsabilités des uns et des autres.
Nous sommes
mobilisés pour la défense de l'emploi pendant
que d'autres, par leurs décisions, portent atteinte
au droit à l'emploi.
S'interdire, comme c'est
le cas, de se pencher sur la gestion des entreprises, et en
particulier des grands groupes, c'est, même si l'on
prétend le contraire, s'accommoder des
dégâts que doivent supporter la
collectivité et les territoires. Le patronat feint
une nouvelle fois de s'engager sur l'embauche de milliers de
jeunes. Quel dérisoire rideau de fumée pour
s'exonérer de centaines de milliers de licenciements
?
Le Gouvernement à
force d'être « modeste » oublie de
s'interroger sur sa propre action et ses propres options en
matière de politique économique.
Le besoin de
maîtrise publique et collective d'un certain nombre de
leviers économiques et sociaux va à l'encontre
d'un processus de privatisation toujours d'actualité.
Le énième
plan « réputé favoriser l'emploi des
jeunes », grâce à de nouvelles
exonérations de cotisations sociales, risque fort de
reproduire les effets pervers des précédents.
En 2002, vingt milliards d'euros sont allés aux
« aides à l'emploi » dans le secteur
marchand, pour le résultat que l'on connaît il
y a de quoi douter de leur efficacité. Mais on nous
refuse toujours le bilan contradictoire.
Autre chose est l'enjeu de
l'instauration d'un véritable droit à la
formation continue et à la qualification reconnue.
Cette revendication largement partagée, est une
composante de la Sécurité sociale
professionnelle dont nous prônons la construction. Je
rappellerai simplement que les négociations sur ce
point ont buté sur l'intransigeance de nos
interlocuteurs patronaux qui refusent une mutualisation de
ce droit et souhaitent en reporter principalement la charge
sur les salariés. L'Etat ne peut se réfugier
derrière un appel à la négociation pour
ne rien faire.
La possibilité doit
être donnée à chacun de trouver sa voie
selon une trajectoire enchaînant des phases
d'acquisition de consolidation et de mise à jour de
compétences. Elle devra le plus vite possible
s'incarner dans un nouveau statut du travail salarié
intégrant les interruptions de carrière et les
réorientations d'activité comme les conditions
normales d'un statut professionnel continu.
Chacun peut juger des
perspectives pour l'emploi que donnerait l'instauration de
ces garanties sociales.
Cette bataille a une
dimension européenne. Les manifestations
organisées en Europe par les syndicats de
façon coordonnée vendredi dernier,
témoignent de la grande insatisfaction
provoquée par l'absence, dans le projet
européen, d'objectifs ambitieux pour la croissance et
pour des droits sociaux plus affirmés.
Le syndicalisme
européen s'affirme sur le terrain revendicatif. Nous
y prenons toute notre part au sein de la
Confédération Européenne des Syndicats.
Notre entrée prochaine au secrétariat de la
CES ne pourra que nous y encourager.
Notre Congrès se
tient à un moment clé de la campagne que nous
avons engagée pour une réforme garantissant
l'avenir de nos régimes de retraites solidaires.
Chacun d'entre vous en connaît les principales
données. Nous ne les avons pas découvertes il
y a quelques semaines.
Rappelons-nous 1995, moi
je ne suis pas prêt de l'oublier.
1999 et la bataille contre
la principale conclusion du rapport CHARPIN prônant
l'allongement de la durée de cotisation.
Le 25 janvier 2001 et les
manifestations contre la prétention du MEDEF à
torpiller déjà le droit à la retraite
à 60 ans , les campagnes d'information et de
débats, menées depuis 2 ans, jusqu'à la
déclaration commune des organisations syndicales du 7
janvier et les manifestations du 1er février.
Nous sommes aujourd'hui
dans une nouvelle phase tandis que le Gouvernement
prépare ses décisions ; l'organisation
patronale constate, elle aussi, que la partie se joue
maintenant. Guillaume SARKOZY, son Monsieur Retraite, vient
d'enfoncer le clou en demandant l'allongement de la
durée de cotisation, pour tous, à 41 ans dans
un premier temps.
Le MEDEF hausse le ton. Il
est bon qu'il sache qu'il va y avoir du répondant !
Depuis quelques semaines,
il faut se rendre à l'évidence, de
déclarations en réunions ministérielles
la philosophie de la réforme préparée
par le gouvernement se dévoile avec un contenu de
plus en plus éloigné de la plate-forme
commune.
Nous l'avons
déjà dit, jamais nous ne laisserons croire
qu'il suffit d'allonger la durée de cotisations des
fonctionnaires et des salariés du public à
quarante ans pour considérer l'avenir des retraites
comme réglé. Nous dénoncerons une
réforme ciblée sur le seul secteur public -
comme le Gouvernement semble en avoir la tentation. Tout le
monde syndical reconnaît désormais qu'il est
nécessaire de revenir sur les dispositions Balladur
de 1993 qui creusent toujours un peu plus l'écart
entre les retraites versées dans le privé et
les salaires d'activité.
Le gouvernement, en
s'apprêtant à abandonner le droit à la
retraite à 60 ans, sait que du même coup il
réduira fortement le niveau des pensions. Je le dis
clairement, nous n'accepterons pas que la loi soit
discutée en catimini à l'occasion d'une
session parlementaire extraordinaire, en juillet !
La CGT a formulé
depuis longtemps ses propres objectifs pour la
défense et la garantie de notre système de
retraite, notamment sur le problème crucial du
financement. Là où le gouvernement cherche
à faire des économies, nous avançons
des solutions pour la pérennité d'un bon
niveau de retraite assuré par la répartition.
A l'heure où le
Gouvernement rejette nos propositions les unes après
les autres, des divergences apparaissent entre syndicats sur
l'opportunité de nouvelles mobilisations.
La CFDT, la CFTC, la CGC
estiment pour le moment que le dialogue pourrait suffire. Ce
n'est pas notre appréciation. Le Gouvernement n'a pas
pris la mesure de la détermination des
salariés dans les grandes manifestations du 1er
février. Il ne sert à rien d'entretenir un
faux suspense, une confrontation sérieuse s'annonce.
C'est ce qui nous a
conduit à décider avec FO, la FSU et l'UNSA
d'une journée de manifestations interprofessionnelles
avec arrêts de travail, le 3 avril prochain. Dans la
foulée de cette décision, six organisations de
fonctionnaires ont appelé à une journée
de grève. Cinq fédérations de cheminots
s'engagent le 3 avril et je suis persuadé que le
cercle va s'élargir au fil des jours.
Nous prendrons le temps,
mercredi après-midi, de débattre des moyens
d'amplifier la mobilisation. Le 3 avril, salariés du
privé et du public, femmes, jeunes, actifs,
retraités, chacun est concerné. Ensemble, nous
pouvons gagner le maintien et l'amélioration d'un
système de retraite solidaire auquel une
écrasante majorité de salariés sont
attachés. L'engagement de tous nos syndicats est
indispensable pour cet objectif, comme il l'est
également pour fortifier la dynamique unitaire.
Bien d'autres facettes de
la politique gouvernementale vont à contresens de nos
attentes et de celles qu'expriment les salariés ;
Nous avons eu l'occasion de nous exprimer clairement ces
dernières semaines sur tous ces sujets.
A propos des choix
gouvernementaux, certains parlent d'économie,
d'autres de « rigueur » qui ne voudrait pas dire
son nom. Nous avons le sentiment que ce qui se joue va bien
au-delà et que certains rêvent de nous mener
vers un Etat minimum, une sécurité sociale
allégée et des services publics « Canada
dry ».
Le développement et
la qualité des services publics, c'est vital. Ce qui
est en jeu, c'est une conception de la vie en
société où la solidarité,
l'accessibilité de plus en plus large aux biens et
aux services, la recherche démocratique de
l'intérêt général, dans les
conditions du développement durable, remettent en
cause inégalités et privilèges. Une
telle conception implique de bannir les critères et
les modes de gestion qui n'intègrent pas ou, pire,
s'opposent à la mise en uvre de ces objectifs
et de ces exigences.
Nous ne sommes pas
aveugles. L'éducation, la santé, les
transports publics, les services collectifs ont besoin
d'évoluer pour mieux correspondre aux besoins des
usagers et de la population. La question est de savoir quel
devrait être le contenu des réformes
indispensables. S'agit-il d'affaiblir les outils
indispensables à la solidarité et à
l'efficacité sociale ou, au contraire, de les
améliorer et de les consolider ? A l'hôpital,
à la SNCF, à l'Education nationale, à
EDF-GDF, à la Poste
tout comme dans les
domaines de la recherche, de la culture et de la
création, nous sommes vraiment à la
croisée des chemins.
La bataille pour une
véritable décentralisation, pas celle qui
appauvrit le patrimoine collectif et joue la concurrence
contre la solidarité, mais celle qui peut permettre
que s'exprime de nouveaux besoins, ne nous effraie pas.
C'est à chaque
niveau territorial, avec le souci de la cohérence et
de la solidarité, qu'il faut construire les
convergences entre les usagers et les salariés pour
défendre, promouvoir, améliorer la gestion des
services publics, dans un dialogue et une confrontation
démocratique avec les élus et les pouvoirs
publics.
Des réponses
efficaces et durables impliquent également des
politiques publiques et des pratiques démocratiques
qui permettent aux usagers et aux citoyens de participer. A
l'opposé d'une étatisation qui fait bon
ménage avec les choix les plus libéraux, elle
suppose un immense effort de démocratie publique.
C'est dans l'étroite articulation entre les besoins
et les réponses qui y sont apportés à
chaque niveau territorial, que se joueront de pair le
développement de l'économie et de la
démocratie, à l'intérieur de chaque
pays comme au sein d'un ensemble coordonné de pays
comme l'Europe.
La Sécurité
sociale, cet immense acquis du XXème siècle,
est fragilisée. On sait bien pourquoi : banques et
assurances lorgnent depuis 50 ans sur un marché
juteux qui leur a échappé. La
dégradation de l'emploi et des salaires
déstabilise le financement des caisses ; de nombreux
besoins sont insatisfaits, ce qui pousse à la
recherche de nouvelles solutions plus individualistes.
La question essentielle en
matière de santé, comme en matière de
retraite, est de savoir si chacun pourra continuer à
se soigner ou vivre sa retraite quel que soit son niveau de
revenu, sans avoir besoin de recourir à des
compléments d'assurance onéreux et
discriminatoires. La réforme de la
sécurité sociale que le gouvernement entend
présenter à l'automne, portera cet enjeu comme
le montrent les rapports de commande distillés
maintenant depuis des semaines.
Face à de telles
orientations, la CGT réaffirme sa volonté de
contribuer à une réforme de la
Sécurité Sociale, afin que le régime
général ait un rôle structurant dans la
détermination des prestations, du niveau de prise en
charge, du financement, dans le cadre d'une gestion
démocratique au côté des autres acteurs
de l'assurance maladie.
Les choix
budgétaires et fiscaux ne résument pas tout
mais donnent une clé pour comprendre la situation.
Avec 6,3 milliards d'euros
d'allégements supplémentaires, pour
moitié d'impôts, pour moitié de charges
patronales, le budget 2003 est marqué par la rigueur.
Après ça le
Premier Ministre peut bien dire, par exemple, que « les
difficultés budgétaires ne facilitent pas le
travail du Ministre de l'Education ».
Tout ceci illustre bien la
philosophie profonde d'une gestion des finances publiques
qui sacrifie, emploi, éducation, justice sociale et
services publics au bénéfice du patronat et de
« la France d'en haut ».
Cette politique
d'allégement à sens unique devrait se
poursuivre, selon le gouvernement, tout au long de la
législature.
Chers Camarades,
Les syndicats et le
syndicalisme du 21ème siècle, notamment en
Europe, sont les héritiers de plus de 150 ans de
luttes sociales qui ont fait la preuve de la validité
de cette conception : s'unir pour résister et, au
delà, s'unir pour promouvoir le progrès
social.
La CGT, celle qui tient
son congrès aujourd'hui à Montpellier, comme
celle qui le tenait ici même en 1902, est
l'héritière d'un syndicalisme qui tient
tête à l'arbitraire patronal et à la
raison d'Etat. Pour nous, les réalités
sociales ont un caractère historique, elles ne
dérivent pas de lois naturelles devant lesquelles il
faudrait s'incliner, comme certains s'attachent ou se
résignent à les présenter. Nous avons
pris le parti d'agir et non de subir.
Les valeurs qui portent
cette résistance, égalité, justice,
citoyenneté, et les comportements qui lui donnent
corps, solidarité, écoute et engagement
démocratiques, sont au cur de l'identité
de la CGT. Ils alimentent en permanence sa
combativité qui continue à être une
référence pour les luttes des salariés,
y compris pour ceux qui hésitent encore à nous
suivre ou à nous rejoindre. Les conditions de notre
efficacité sont celles qui assurent notre
crédibilité. Elles ont nom engagement,
lucidité et transparence sur des objectifs clairs et
partagés parce que débattus ; c'est ce qui
évite toute forme de manipulation et autorise le
compromis de négociation contre toute forme de
compromission.
La CGT défend les
salariés dans une société et dans un
monde où les logiques de la reproduction et de
l'accumulation capitaliste exercent une influence dominante
sur la réalité économique et sociale.
Dans la dernière période,
l'hégémonie des activités
financières marque la mondialisation d'un sceau
négatif. La capacité d'adaptation du
système, le dynamisme dont il continue à faire
preuve lui permet d'investir des domaines nouveaux.
En résistant
collectivement aux exigences de la rentabilité et aux
contraintes de la production, en revendiquant une
répartition des richesses produites plus favorable au
travail, les salariés ont depuis plus d'un
siècle établi des lignes de défense,
des pôles de résistance qui sont autant de
bases d'appui pour prendre pied sur l'avenir. Chaque lutte
dont vous êtes les témoins ou les acteurs va
dans ce sens. Sous-estimer cette réalité
serait nier notre travail.
Le syndicalisme que nous
avons collectivement décidé de
développer est très exigeant. Pour
conférer aux rapports de force le poids
nécessaire à la satisfaction des
revendications, nous avons choisi de fonder notre
démarche sur une pratique constante de la
démocratie.
C'est à travers
cette pratique responsable de l'activité syndicale
que la CGT contribuera à accréditer la vertu
émancipatrice des luttes collectives pour
conquérir des droits et les faire respecter. C'est ce
qui peut conforter les salariés dans la conviction
qu'un monde meilleur est possible.
C'est pour maîtriser
les dynamiques sociales créées par la
diversification et l'extension du salariat que nous avons
besoin d'un syndicalisme susceptible d'opérer dans
les faits et dans les consciences le lien entre la
revendication quotidienne et des objectifs de
conquêtes sociales pour une société plus
solidaire, plus juste et plus démocratique.
Nous vivons
parallèlement des transformations culturelles
majeures dont il faut prendre la mesure :
l'égalité pleine et entière
revendiquée par les femmes, le désir
d'autonomie que porte la jeunesse, la place nouvelle des
retraités dans la vie sociale, la quête
d'identité qu'expriment parfois avec exacerbation
différentes communautés
Tout cela
affecte le monde salarié en profondeur, multipliant
parfois les clivages et les oppositions, alors que notre
défi dans toutes les organisations de la CGT est de
rassembler et de faire converger.
Dans nos interventions et
dans nos luttes, ce qui peut séparer est moins
important que ce qui doit unir. Le premier objectif
stratégique de la CGT est de travailler à la
cohésion, à la convergence de l'ensemble des
salariés, pour consolider et améliorer
l'ensemble des garanties collectives en matière de
rémunération, de qualifications et de droits .
Ce bien commun, chacun y est attaché, tous peuvent
s'y référer, tous ont avantage à ce
qu'il fructifie pour continuer à le partager.
Le syndicalisme que nous
avons collectivement décidé de
développer est très exigeant. Pour
conférer aux rapports de force le poids
nécessaire à la satisfaction des
revendications, nous avons choisi de fonder notre
démarche sur une pratique constante de la
démocratie.
Mais, ce n'est ni par
décret, ni par incantation que nous parviendrons
à une conscience claire et active du principe de
solidarité, meilleure arme collective des
salariés. Seul un travail de terrain permet, à
chaque fois, de le réaffirmer dans des conditions
concrètes qui sont celles de l'âpreté
des luttes sociales et de la diversité d'un monde du
travail en perpétuelle évolution.
Dans la
société française, le pluralisme
syndical est un fait durable.
Il trouve sa source dans
des traditions historiques, toujours vivantes,
reflétant le débat démocratique
nécessaire. Mais il ne justifie pas, pour autant,
l'émergence continuelle d'organisations nouvelles.
Loin de susciter l'engagement de 90 % de non
syndiqués, « l'émiettement » actuel
est un facteur supplémentaire de division qui porte
atteinte à la crédibilité du
syndicalisme.
Pleurer sur la division
syndicale ne suffira pas pour lui redonner vie et force.
Soyons lucides, aucune
organisation ne peut avoir la prétention,
actuellement, de créer, seule, les conditions
permettant de relever les défis qui se
présentent au monde du travail.
Ne recherchons pas une
doctrine syndicale unique . Visons, dans chaque domaine, la
constitution d'un socle revendicatif cohérent et
convergent avec toutes les organisations syndicales
françaises et européennes. Pour y parvenir il
faut, dans la vie quotidienne et à chaque niveau de
l'activité syndicale locale, nationale et
internationale, rechercher le débat, accepter la
contradiction. Il faut susciter et encourager la
confrontation des idées, la considérer comme
un mode normal des relations entre organisations, faire de
l'unité syndicale un bien commun et non une menace
planant sur l'identité de chacun. L'unité
n'est pas un détour tactique, elle est la condition
irremplaçable pour que les salariés affirment
toute leur place dans la société.
C'est cette vision de la
coopération syndicale, tournée vers
l'efficacité de l'action et dépassant
résolument les logiques « d'appareil » que
nous appelons « le syndicalisme rassemblé
».
En considérant
majoritairement que les syndicats devraient jouer un plus
grand rôle dans la société, les
salariés encouragent de fait tout ce qui pourra
rééquilibrer les pouvoirs exclusifs
détenus par les employeurs. Ils attendent que les
propositions syndicales soient des réponses aux vrais
problèmes à résoudre, qu'elles
affichent les conditions nécessaires à
réunir pour y parvenir.
Depuis 25 ans,
salariés et syndicalistes éprouvent de
réelles difficultés à marquer des
points face au patronat, l'émiettement et la division
syndicale y sont pour beaucoup. Au lieu de cultiver le
fatalisme, travaillons à la nouvelle place que peut
occuper le syndicalisme à l'avenir.
C'est en prolongeant la
contestation par la proposition que l'on évite
d'être à la remorque, confiné à
la défensive ou acculé à
l'improvisation, que l'on balise le terrain revendicatif,
que l'on anticipe pour gagner.
C'est par la mobilisation
que l'on détermine ce qui est souhaitable et ce qui
est possible dans la négociation, dans la
synthèse de deux attitudes : l'une volontariste qui
cherche à changer la donne, et l'autre pragmatique
visant la réussite, même partielle, sur des
sujets concrets s'inscrivant dans une perspective plus
lointaine.
C'est par la consultation
que l'on détermine ce qui est positif, ce qui est
amendable, ce qui est inacceptable.
La
crédibilité du syndicalisme français
est largement entamée par les règles de
représentativité et de validité des
accords collectifs. Tous ceux qui s'arc-boutent sur le statu
quo en la matière, alimentent une fausse
délégation de pouvoir.
A partir de là,
tous les comportements sont possibles.
Les uns sont tentés
de signer tout projet d'accord soumis par le patronat, quel
que soit son contenu. Le stylo devient une identité,
un moyen d'existence.
D'autres, au nom de
raisons « supérieures », approuvent les
termes d'une négociation même s'ils savent que
les conclusions ne sont pas jugées favorables par les
salariés.
D'autres enfin, au motif
que « toutes les revendications ne sont pas satisfaites
» rechignent systématiquement à user de
la signature, même si les intéressés le
souhaiteraient.
Dans ces deux derniers
cas, c'est le mythe de « l'avant-garde
éclairée » qui prévaut.
Il faut sortir de cette
situation et faire prévaloir la démocratie.
Seuls, à l'avenir,
devraient être reconnus valides les accords ayant
reçu le soutien des syndicats représentants
une majorité parmi les salariés
concernés par la négociation.
Le gouvernement veut, lui,
remplacer la majorité des salariés par la
majorité des syndicats. C'est le retour du vote
« par ordre » contre le « vote par tête
». Les constituants de 1789 vont se retourner dans leur
tombe !
Personne, à notre
connaissance, n'envisage qu'à l'avenir les lois
soient réputées adoptées à
l'Assemblée Nationale dès lors qu'une
majorité des partis y serait favorable, quel que soit
le nombre de leurs députés. Sinon, à
quoi servirait l'UMP ? Eh bien, en matière sociale
c'est pareil, il faut reconnaître la
légitimité par la démocratie et la
majorité.
L'unité des
salariés, de leurs organisations syndicales n'est pas
un long fleuve tranquille ou, comme dirait un premier
ministre : « la route est droite, mais la pente est
forte ».
Toutes nos
expériences en témoignent, le syndicalisme
rassemblé est un facteur d'efficacité pour les
revendications.
C'est à la CGT,
première organisation, qu'il revient de porter le
drapeau de l'unité des salariés et de leurs
organisations syndicales.
Dans la phase
préparatoire au congrès, de nombreux
syndiqués ont souhaité débattre de
plusieurs questions concernant leur CGT : l'état de
ses forces, son mode de fonctionnement, la manière de
travailler ensemble, d'être plus solidaire entre
syndiqués et syndicats de la CGT.
Les projets de Charte de
la vie syndicale et de réforme des cotisations vous
suggèrent une série de réponses dont
nous allons aussi débattre.
Avant d'en parler plus en
détail, je voudrais souligner toute la place que la
syndicalisation à la CGT doit occuper dans notre
activité.
Vous le savez, et ce n'est
pas la moindre des satisfactions, le nombre de
syndiqués à la CGT est plus important à
ce congrès qu'il ne l'était au 46ème.
685 186 adhérents
recensés à la Confédération,
dont 131 000 retraités, c'est une progression de
l'ordre de 49 200 parmi les actifs, soit une moyenne de + 1
000 adhérents par mois durant ce mandat. C'est donc
significatif. Bien sûr il y a des disparités,
mais le fait est là : la majorité des
fédérations voient leurs effectifs progresser.
En France, 80 % de ceux
qui travaillent sont salariés, mais à peine 1
sur 10 est syndiqué. On peut d'ailleurs être
surpris de voir des syndicats, qui veulent être
reconnus dans le paysage syndical, s'appliquer d'avantage
à tenter de piquer les syndiqués du voisin
qu'à renforcer la syndicalisation dans le pays.
Deux décennies de
restructurations des entreprises, le développement de
la sous-traitance, la précarité dans l'emploi,
le chômage tout comme les formes insidieuses ou
brutales de répression anti syndicale sur fond de
chantage à l'emploi, ont conduit à un recul de
la présence syndicale. Trois salariés sur
quatre n'ont pas de contact régulier avec le
syndicalisme, plus d'un salarié sur deux n'a pas de
délégué.
Cette situation a pu
rendre sceptique sur la capacité des syndicats
à endiguer les assauts de la vague libérale.
La tendance s'inverse au
point qu'une majorité de salariés souhaite que
les syndicats jouent un plus grand rôle. Ils sont
même plus nombreux à se déclarer
disposés à se syndiquer dès lors que
nous les considérons en adultes et non en simples
fantassins.
C'est une
opportunité à saisir avec beaucoup de
détermination, de conviction et de
ténacité.
Le nombre de
syndiqués à la CGT fait partie du rapport de
force, pour chacun dans son entreprise, pour la branche
professionnelle et naturellement au plan interprofessionnel.
Consacrons au renforcement
et à la qualité de fonctionnement de nos
syndicats autant d'énergie, de temps et de moyens
qu'au développement des mobilisations.
49 200 syndiqués en
plus, c'est bien ! Mais, je rappelle que pour cela, il a
fallu faire 220 000 adhésions
Prenons le taureau par les
cornes, comme l'on dit ici !
Le cap du million de
syndiqués à la CGT n'est pas inaccessible !
Mais, pour cela, il faut
s'y mettre vraiment et il faut s'y mettre partout et avec
persévérance. Il faut se convaincre que, pour
tous, c'est un objectif essentiel et que chaque syndicat,
dans son propre environnement, a du terrain à
couvrir. Quand cela s'avère nécessaire, il ne
faut pas hésiter à modifier certaines de nos
structures pour une meilleure couverture du salariat.
Qu'il s'agisse des plus
précaires, des plus jeunes, ouvriers,
employés, ingénieurs ou cadres, mais aussi des
chômeurs et des retraités, ils sont très
nombreux à pouvoir trouver leur place et à
s'investir dans la CGT. A nous de leur ouvrir les portes,
sans réticence aucune.
Nous pouvons être
à la fois déterminés sur nos valeurs et
représentatifs d'un plus grand nombre de
salariés.
Dans le même
mouvement, nous pouvons apporter plus de cohérence
dans la vie de nos organisations. Le projet de Charte de la
vie syndicale a cette vocation.
Ce n'est pas un changement
de statut dont il est question, ce point n'est pas à
l'ordre du jour de ce congrès.
Nos statuts ne font pas
obstacle à des décisions plus précises
concernant tant notre mode de fonctionnement que la place
que nous accordons aux syndiqués de la CGT.
J'entends bien la remarque
de certains camarades considérant, en quelque sorte,
que chacun est maître chez soi, chaque syndicat vivant
d'une certaine manière sa propre vie. Quoique ! Cela
atteint vite des limites et cela n'est pas sans risque pour
la cohérence de notre démarche.
Naturellement, la
qualité de notre activité reposera, d'abord et
avant tout, sur le travail syndical de terrain, sur le
savoir-faire de chacun d'entre vous qui faites la CGT. A cet
égard, oui chaque syndicat à la
responsabilité de trouver les réponses
adaptées, par exemple pour l'information et la
formation des syndiqués. Nous serons tous d'accord
là-dessus.
Etre un syndicat
affilié à la CGT, c'est s'engager aussi sur
une certaine conception du syndicalisme, de ses objectifs et
de son fonctionnement. Nous avons, en quelque sorte, un
label CGT à promouvoir dans chacun de nos syndicats.
Durant ce mandat il m'est
arrivé, comme à la direction
confédérale, d'entendre des
interprétations de nos statuts qui ne sont pas sans
conséquence sur la manière d'être et de
décider ensemble dans la CGT.
L'autonomie d'expression,
de décision et d'action est reconnue aux
organisations de la CGT, dans le respect de nos statuts.
Ceux-ci précisent dans le même mouvement que
« les organisations recherchent entre elles en
permanence, la coopération, la
complémentarité avec les autres composantes de
la CGT, la prise en compte des intérêts communs
à l'ensemble des salariés ».
Les organismes de
direction de la Confédération ont dans leurs
attributions de favoriser cette coopération
permanente, et je vous le dis, ça n'est pas toujours
une chose facile .
Je ne souhaite pas, par ce
biais, faire bêtement un rappel au règlement.
Je veux surtout pointer du doigt une nécessaire prise
de conscience que la CGT n'est pas la juxtaposition de
syndicats ou de fédérations autonomes. Une
telle organisation existe, mais ça n'est pas la CGT.
Autonomie et
solidarité, c'est essentiel de l'avoir à
l'esprit sinon nous ne serons pas protégés de
tout ce qui, dans la société, alimente
l'individualisme, la division voire l'opposition entre
catégories, entre professions, entre
générations.
Ayons cela en tête
aussi lorsque nous discutons des cotisations.
Je veux vous dire quelques
mots avec beaucoup de franchise, à ce propos.
Sur ce sujet, comme sur
les autres, il faut savoir se parler vrai.
Ayons un débat
réel, sérieux, évitons les faux
semblants ou les faux fuyants.
Vos
prédécesseurs, les
délégués au 46ème congrès
réunis à Strasbourg, ont fait le constat que
notre système de répartition de la cotisation
générait de grosses lacunes.
C'est, entre autres, parce
que beaucoup de syndicats et d'unions locales se plaignaient
à la Confédération de ne plus disposer
de moyens suffisants que les délégués
ont alors donné mandat à la direction
confédérale pour mettre au point, avec le CCN,
un nouveau système basé sur le principe de la
cotisation en pourcentage.
Depuis, nous n'avons
cessé d'y travailler. Nous ne l'aurions pas fait,
vous auriez été en droit de nous le reprocher.
Le long processus d'élaboration et de
réflexion a donné lieu à plusieurs
points d'étape au CCN, à la publication des
travaux de la commission dans LE PEUPLE depuis 3 ans. Ce
n'est donc pas un projet sorti d'un chapeau ! Les
fédérations, les unions départementales
ont été associées à la
démarche.
Comme vous, sans doute,
j'entends les arguments, les critiques sur le projet. Il y
a, à ce stade, plusieurs opinions, et c'est bien le
congrès qui va devoir préciser le sens et la
portée de nos décisions. Sans anticiper, des
précisions me semblent d'ores et déjà
utiles.
Je veux être clair,
parce que le sujet est important.
Il n'y a pas de
velléité masquée de la direction
confédérale visant à s'emparer
autoritairement des cotisations des syndiqués, pas
plus qu'il n'y aurait de sombres intentions de modifier les
structures de la CGT par le biais des cotisations.
D'ailleurs, si la direction confédérale en
avait l'intention, cela lui serait impossible puisque ce
sont les syndicats qui constituent les
fédérations, les unions
départementales, les unions locales.
Il est évident pour
la direction confédérale qu'un nouveau
mécanisme pour la répartition de la cotisation
n'est viable que si une large majorité des syndicats
comprend et partage les objectifs politiques. Le
débat devra nous permettre d'évaluer si c'est
bien le cas.
Il y a au moins deux
objections aux propositions qui sont faites, que je veux
réfuter par avance. L'une conduit à
revendiquer une totale liberté de reversement des
cotisations perçues par les syndicats aux structures
de la CGT au nom de la démocratie, de
l'indépendance ou de l'autonomie. L'autre s'oppose
à ce qui apparaît comme une centralisation
excessive du dispositif.
Si beaucoup d'arguments
peuvent être entendus, et je suis sûr que la
Commission en tiendra compte, celui qui consiste à
dire que les syndicats doivent se garder la
possibilité de reverser ou non les cotisations de
leurs syndiqués aux différents niveaux de la
CGT, n'est pas recevable, ou alors nous changeons
d'organisation, ce n'est plus la CGT.
Nous sommes un syndicat et
non un mouvement. Nous avons des règles et des
devoirs entre nous. Il n'y a pas de raison que la plupart
des organisations les respectent et que quelques unes s'en
affranchissent. Le règlement des cotisations fait
partie des obligations pour tous, quels que soient par
ailleurs les débats voire peut-être les
différences d'opinion qui peuvent surgir entre
organisations.
Nous touchons là
aux principes fondateurs de la Confédération
Générale du Travail qui sont ceux « de la
démocratie, de l'indépendance, du respect du
pluralisme d'opinion et de solidarité ».
Dans le système
actuel, l'organisation qui ne met pas à jour ses
cotisations, que ce soit par manquement
délibéré ou par difficulté
financière, perd ses droits. C'est ainsi, par
exemple, que les voix de certains syndiqués ne seront
pas pris en compte, cette semaine, puisque leur syndicat n'a
pas rempli ses obligations, tantôt à la
fédération, tantôt à l'union
départementale. Cette situation prouve que l'on ne
peut pas continuer dans cette voie.
Dans le même temps,
discutons un peu plus à fond de cette centralisation
parfois jugée dangereuse. Ne confondons pas notre
attachement à maintenir l'architecture historique de
la confédération, avec le besoin pour tous les
syndicats, organisations de base de la CGT, de réunir
les moyens aidant aux convergences, à la
solidarité, bref, aux dimensions professionnelle et
interprofessionnelle de notre syndicalisme.
Refuser une centralisation
abusive est une chose, mais hésiter à une mise
en commun au service de l'intérêt
général, en est une autre. Et c'est bien
l'intérêt général qu'a
visé la commission en proposant un dispositif devant
accélérer, faciliter et simplifier le
règlement des cotisations.
C'est dans le même
esprit que les syndicats, au congrès de 1982,
décidèrent de créer le FNI, Fonds
National Interprofessionnel, qui institue que
lapremière cotisation de l'année pour tous les
adhérents est mise dans un pot commun national, et
donc central, pour aider financièrement les
organisations ayant besoin de soutien. C'est ce même
principe qui a guidé le CCN en lançant une
souscription nationale pour le financement de la campagne
des élections prud'homales. Le résultat fut
modeste, il est vrai.
C'est encore la recherche
de l'efficacité et de la réactivité qui
nous a guidés lorsque nous avons lancé un plan
d'informatisation pour répondre aux besoins de toutes
les organisations et destiné à faire circuler
et à partager les informations.
Ici ou là, j'en
entends qui se demandent encore, s'il est bien judicieux que
la confédération puisse communiquer en direct
avec les syndicats ou les syndiqués, sans passer par
les fédérations, les unions
départementales, les unions locales, les unions
syndicales...
Si c'est ce sentiment qui
devait dominer, alors je vous le dis sincèrement, il
faudrait revoir nos ambitions syndicales parce qu'on ne
pourra pas prétendre mener de grandes batailles
revendicatives si nous continuons à admettre qu'une
cotisation mette jusqu'à 24 mois pour parvenir
à son destinataire, ou que s'écoule plusieurs
semaines avant que l'opinion de la CGT sur un sujet
brûlant soit portée à la connaissance
des syndiqués.
Notre volonté que
chaque syndicat dispose des moyens financiers pour une
meilleure activité revendicative, se combine à
celle d'avoir des syndicats et des syndiqués plus et
mieux informés : c'est tout l'enjeu de la diffusion
de notre journal, la Nouvelle Vie Ouvrière.
Chers Camarades,
Notre programme de travail
est dense et le mandat que vous détenez vous donne de
grandes responsabilités devant les organisations et
les syndiqués que vous représentez.
Le congrès est un
moment privilégié dans votre vie militante et
une étape décisive pour bien préparer
l'avenir. N'hésitez pas à prendre la parole.
Avec ce rapport
d'ouverture je n'ai pas eu d'autre ambition que de sortir
les bons ballons de la mêlée, ceux que la CGT
devra jouer. Avec le 47ème Congrès, il nous
faut maintenant aller à l'essai. Et ensuite de le
transformer pour gagner.
A vous de jouer
maintenant.
Et que vive le
47ème congrès de la CGT !
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