Le 15/05/2003

Eric ROULOT, memnbre du Bureau Fédéral, n'est pas d'accord......

Eric ROULOT, membre du Bureau Fédéral, exprime son désaccord sur la question des retraites, au travers d'une note adréssée à la Direction Fédérale. Les bureaux du SPPTE Centre et du SICTAM Centre ont approuvé ce jour la position exprimée par Eric Roulot.

Ci dessous la note d'Eric ROULOT

Note au collectif de la branche IEG Copie au Bureau Fédéral

Je viens de prendre connaissance du contenu du tract d'appel de la FNME visant à aider les syndicats de la branche IEG à assurer le succès de la journée nationale interprofessionnelle d'action du 13 mai.
Je ne suis pas d'accord avec la façon dont les choses sont abordées dans la partie du texte qui traite des enjeux spécifiques à la branche IEG :
La négociation qui s'est déroulée fin 2002 pour l'avenir de notre régime spécial n'est-elle pas un atout dans la bataille qui s'ouvre ?

1. Cette négociation a tout d'abord permis à des milliers d'agents de nos industries de s'approprier les enjeux du débat et cela nous rend plus forts pour les échéances à venir.
2. Nous avons, certes, refusé la réforme du financement proposée mais nous avons aussi démontré que dans notre branche professionnelle confrontée aux mêmes questions démographiques que le reste de la population, il était possible de continuer à payer les retraites en maintenant le niveau des prestations : cela, en faisant payer les entreprises et l'activité qu'elles généraient. Nous avons aussi obtenu des améliorations, notamment pour les faibles pensions. »

Je pense que le contenu de ce tract, le sens que l'auteur a souhaité lui donner demeure fidèle à la démarche mise en œuvre avant le 9 janvier, à savoir tenter par tous les moyens, de faire admettre au plus grand nombre de salariés que ce relevé de conclusions est positif et qu'il permet de préserver notre régime particulier d'inactivité de service.
Personnellement, je vis très mal cet acharnement à vouloir imposer ce point de vue en dépit de l'avis majoritaire du personnel qui s'est dégagé à l'occasion de la consultation du 9 janvier dernier.
Dire clairement dans ce tract que les orientations contenues dans le relevé de conclusions permettent de continuer à payer les retraites des salariés des IEG en améliorant le niveau de prestations et en faisant payer les entreprises, est non seulement fallacieux mais en plus cela est complètement en décalage avec le contenu des expressions décidé par les syndicats dans la dernière période.
Je pense pour ma part que le contenu et le sens donnés au relevé de conclusions n'est pas antinomique avec le projet de réforme gouvernementale, il poursuit la même logique de régression sociale en s'attachant à prendre en compte un certain nombre de réalités pour éviter de froisser les susceptibilités.
En effet, rien ne sert de masquer aux salariés des IEG, le fait que patronat et gouvernement ont, au travers ce relevé, atteint leurs 3 objectifs essentiels :

- 1. Défricher la voix menant à la privatisation en obtenant des garanties permettant à EDF et GDF de se libérer de la contrainte imposée aux entreprises privées de provisionner les charges retraites afin de rendre la « mariée plus belle ».
- 2. Enclencher un processus visant à terme l'intégration du régime spécial des IEG dans les régimes de solidarité interprofessionnelle.
A cet égard, il faut avoir en tête le fait que le relevé de conclusions comporte a minima 3 dispositions qui marquent cette volonté de rapprochement/adossement/intégration : « Les prestations évolueront…….au regard des évolutions des régimes de retraites », « les cotisations seront harmonisées sur le niveau correspondant aux régimes de solidarité interprofessionnelle », « les liens avec les autres régimes seront pérennisés et complétés par la recherche de la mise en place d'accords avec les régimes de solidarité interpro dans des strictes conditions de neutralité financière et de transparence ».
Après l'intervention de Fillon à l'émission « 100 minutes pour convaincre » et au regard du contenu de la réponse des Présidents de l'Arrco et Agirc faites aux signataires du relevé de conclusions, il s'avère que les inquiétudes que j'avais pointées dans une note, avant le 9 janvier, semblent tout à fait fondées. Dorénavant, les choses ont le mérite d'être claires, tous les salariés, y compris ceux des IEG, sont concernés par ce recul de société que le gouvernement veut nous imposer.
Rien ne sert de vouloir minimiser sa portée en continuant de laisser entendre que nous aurions « sauvé les meubles » à notre niveau.
Fillon a dit de manière explicite que les orientations fondamentales de sa réforme devront également s'appliquer aux salariés des régimes spéciaux (40/42 annuités et baisse du niveau des pensions versée) !
Les Présidents des caisses complémentaires ont enfoncé le clou en disant qu'il n'y a pas d'accord possible entre les régimes complémentaires et les régimes spéciaux sans intégration.
La facture que les entreprises de la branche (donc les salariés) vont devoir acquitter, pour obtenir les garanties sur le financement des droits équivalents au régime général, risque d'être salée car tout le monde sait que cette question revêt un caractère essentiel pour permettre la transformation du statut juridique des entreprises.
- 3. Faire supporter le financement de la réforme exclusivement par les salariés comme Fillon/Raffarin rêvent de le faire pour l'ensemble du monde du travail.
Sur les questions de financement, je considère pour ma part qu'il faut dissocier la problématique posée au régime général de celle que nous connaissons au niveau de la branche IEG.
Pour le régime général, nous le savons, sans réforme du financement le système par répartition va droit dans le mur !
Le nombre de personnes de plus de 60 ans, actuellement de 12 millions, devraient passer à 22 millions en 2040 ce qui se traduirait, dans l'hypothèse d'un gel des dépenses de retraites (12% du PIB actuellement), par une régression du taux de remplacement de 78 % à 35 % tous régimes confondus, c'est la mort de système par répartition.
Pour le régime particulier des IEG, même si comme pour le régime général, nous allons être confrontés au choc démographique, nous pouvons dire qu'en absence de réforme, le régime est tout à fait viable dans la mesure où l'apport financier nécessaire au financement des retraites est automatiquement versé par les entreprises de la branche dans le cadre de la contribution d'équilibre.
C'est d'ailleurs cette référence positive pour l'ensemble des salariés du pays que les patrons de la branche tentent de casser en imposant une augmentation de 4 points de la cotisation salariale. Le signe donné par cette mesure est clair : les besoins de financement nécessaires pour le régime ne seront plus supportés par les entreprises de la branche mais par les salariés.
Certains camarades laissent entendre qu'une réforme est nécessaire car la charge des retraites dans les IEG deviendrait tellement insupportable pour les entreprises que leur compétitivité en serait affectée et donc l'emploi menacé.
Cet argument ne tient pas la route quant on intègre le fait que d'après les éléments communiqués aux négociateurs le rapport charges retraites / richesses créées, dans les prochaines décennies, va rester identique au niveau des IEG (contrairement au régime général) compte tenu des prévisions de croissance des richesses créées (études FNME : doublement en 20 ans).
Par ailleurs, ce système de branche a fait, depuis 1946 la démonstration de son efficacité et de sa capacité à relever les défis liés à la transformation de l'outil industriel et du progrès technologique sans jamais laisser un seul salarié de cette branche sans pension. Pourquoi ce système ne serait pas capable de relever les défis posés par l'ouverture à la concurrence ???
Je comprends que des camarades qui ont, pendant des mois, défendu ce relevé de conclusions aient intellectuellement quelques difficultés à revendiquer sa mise à la corbeille. Pourtant, c'est ce que nous devons faire car très majoritairement maintenant (plus aujourd'hui que le 9 janvier) les syndiqués et les agents le souhaitent !
Je propose donc que nous réfléchissions collectivement à un véritable changement de portage sur ce dossier avec le mandatement d'une nouvelle équipe pour animer cette bagarre.

Eric Roulot

Porcheville, le 9 mai 2003

Haut de page