Eric
ROULOT (membre du Bureau Fédéral) s'exprime
sur l'avenir de la FNME
NOTE AUX MEMBRES DE LA
CEF Suite au Conseil
Général du 10 janvier 2003, la CEF du 16
janvier prochain aura à engager une
réflexion et élaborer une méthode de
travail pour permettre à chaque syndicat, à
chaque syndiqué, de donner son appréciation
sur toutes les questions touchant à la vie et
à la démarche syndicale. 1. La culture du
débat 2. Place et rôle
des syndiqués 3. Rôle du
secrétaire général CGT réformiste
ou de classe, de masse, unitaire, démocratique et
indépendante. Une méthode Eric Roulot
En cela, je suis tout à fait d'accord avec la
proposition qui consiste à lister dans un premier
temps l'ensemble des dysfonctionnements constatés
(partagés ou pas) dans la dernière
période, pour ensuite tenter d'élaborer des
réponses communes avec la majorité de nos
adhérents.
Ce débat fera bien évidemment partie
intégrante de la préparation du 2ème
congrès de notre fédération et du
47ème congrès de la CGT.
C'est dans ce cadre et pour atteindre cet objectif que j'ai,
en tant que membre de la CEF, jugé nécessaire
de réaliser cette note, afin de pointer les questions
qui nécessitent, à mon sens, un large
débat avec les adhérents de notre organisation
syndicale.
Pour ma part, je considère que la crise actuelle
qui secoue la fédération et qui vient
d'atteindre son paroxysme avec la consultation sur les
retraites, est avant tout liée à notre
incapacité collective à débattre
normalement en intégrant dans le processus de
construction démocratique les points de vue
divergents qui s'expriment au sein du collectif.
J'ai souvent l'impression d'être à la CEF ou au
BF complètement impuissant face à cet appareil
qui, quoi qu'il arrive, continue d'avancer
inéluctablement dans la voie dessinée par
quelques « initiés, en dehors des instances
démocratiquement élues.
Nous fustigeons, toutes et tous, le fonctionnement en
tendance car il ne permet pas de libérer les
énergies. Mais je constate que nos méthodes de
vie poussent à cela et amènent d'ailleurs
certain militant à ne pas dire ce qu'ils pensent,
considérant que l'essentiel des enjeux de cet «
affrontement » se situe ailleurs, comprenez au niveau
politique.
Cette situation, que chacune et chacun vit de plus en plus
mal, constitue un handicap sérieux pour relever les
défis de la prochaine période. Elle exige un
débat franc et ouvert avec l'ensemble des
adhérents pour parvenir à construire une
organisation CGT dans laquelle chaque adhérent
accepte la contradiction, considérant que la
diversité des points de vue représente un bien
commun et non pas une menace qui plane sur je ne sais quels
intérêts supérieurs.
La tentative de me dessaisir politiquement de la permanence
fédérale la semaine de Noël ou bien le
fait que le Secrétaire Général de la
fédération caricature mes prises de position,
en indiquant qu'elles sont marquées par mes ambitions
personnelles et ma soif de pouvoir, non seulement me
blessent profondément, mais en plus cela me pousse
à m'engager dans une démarche que j'ai
toujours combattue, à savoir choisir son camp.
Je pense que si nous avions pris le soin de
s'écouter, nous aurions évité de se
retrouver en décalage avec les syndiqués et
les salariés de la branche IEG lors de la
consultation sur le relevé de conclusions.
Quand 4 fédérations syndicales sur 5, avec la
complicité des Directions, déploient autant
d'énergie pour que les salariés de la branche
approuvent ce relevé de conclusions et qu'au bout du
compte, les salariés majoritairement le rejettent,
oui je pense que cela constitue un séisme social
qu'il serait suicidaire de prendre à la
légère. A mon sens, il pose une série
de questions à l'ensemble du mouvement syndical
français, notamment celle liée à la
capacité des organisations syndicales à
être à tout moment en phase avec les
réalités de terrain et les aspirations des
salariés.
Je pense que si le NON l'avait emporté lors du
referendum sur le traité de Maastricht, nous aurions
probablement demandé au Gouvernement de
l'époque de tirer les enseignements de son
échec et de prendre en considération ce que
nous avions porté en tant qu'organisation
syndicale.
Tout cela pour dire qu'à mon avis, il serait
dangereux pour l'avenir de faire comme s'il ne
s'était rien passé le 9 janvier. Il faut que
la CEF de jeudi prenne de la hauteur afin de regarder les
choses de manière objective.
Sur le sens du vote du 9 janvier, je ne pense pas que le NON
exprimé par les salariés de la branche soit
marqué par une démarche ancienne de
contestation exclusive,de repli frileux, le dos au mur, mais
marque plutôt ,dans la dynamique du 3 octobre et des
élections prud'homales, la volonté des
salariés d'en découdre afin d'imposer la prise
en compte d'exigences de très haut niveau. Cela
confère et redimensionne la responsabilité de
l'ensemble des organisations syndicales et à ce
titre, nous oblige à assurer le succès des
manifestations inter pro du 1er février.
A cet égard, je pense qu'il ne faut pas tergiverser
et dire clairement à ce Gouvernement que nous allons
déployer toute notre énergie pour faire en
sorte que ce relevé de conclusions ne soit pas
transformé en texte législatif, car il ne
répond pas au souhait exprimé par les
salariés lors de la consultation du 9 janvier. Nous
voulons engranger ce qui est bon et imposer un mode de
financement pérenne tel qu'il a été
porté par les fédérations lors des
négociations.
Sur cette question, je pense qu'il y a
nécessité d'engager le débat car
chacune et chacun d'entre nous a pu constater que des
divergences existaient au sein de la CEF, et plus
généralement dans le pays sur cette
question.
Pour ma part, j'estime que si nous avions fait appel
à l'intelligence des adhérents de la FNME pour
élaborer notre positionnement sur le relevé de
conclusions, nous aurions limité les risques du
décalage constaté avec l'ensemble des agents,
nous aurions favorisé l'implication plus large des
adhérents dans le débat général
et nous aurions conforté les syndicats qui avaient
décidé de s'inscrire dans cette
démarche, longtemps défendue par la
fédération (voir document 1er
congrès)
A ce sujet je pense qu'il est intéressant de prendre
connaissance des documents préparatoires au
47ème congrès, dans la mesure où cette
démarche consistant à consulter les
syndiqués pour construire le positionnement du
syndicat, est réaffirmée avec force.
Le document souligne d'ailleurs que « la CGT
n'apparaît pas encore partout comme le syndicat
où ce sont les syndiqués qui décident
» et plus loin on peut lire « de faire
connaître l'avis du syndicat élaboré
avec les syndiqués »
Sans vouloir polémiquer, il est clair qu'à
mon sens on ne peut pas se réclamer du 47ème
congrès et en même temps impulser une
démarche antinomique avec ce qui est proposé
interprofessionellement et qui (c'est ma lecture) fait de la
consultation des adhérents et du positionnement du
syndicat un élément constitutif du
débat démocratique et aussi un gage permettant
l'appropriation et donc l'implication du plus grand nombre
des adhérents dans les luttes avenir.
Pour ma part, je considère que le débat
qui nous traverse peut déboucher sur un renouveau
extrêmement positif pour notre syndicalisme dès
lors que l'on s'attache à traiter les questions qui
nous sont posées sur le fond et non pas à
restreindre le débat à des questions du genre
« Denis doit démissionner. »
Le résultat du vote au Conseil Général
est pour ma part parfaitement clair ! Les syndicats ont
très largement dit qu'ils ne souhaitaient pas que
Denis soit démis de ses fonctions car ils
considéraient que la question politique était
belle et bien celle de la conception et de la nature de la
démarche CGT : attention à ne pas
interpréter le vote des délégués
au Conseil Général de manière
différente de ce qu'ils ont souhaité dire,
sinon l'écart entre le terrain et la
fédération risque de se creuser encore.
Lors de la consultation, l'achoppement entre militants s'est
cristallisé autour du contenu des déclarations
du secrétaire général qui, ouvertement,
sans mandat et à titre personnel, s'est
prononcé en faveur du relevé de
conclusions.
Je n'ai pas la même conception que Denis du rôle
d'un secrétaire général et je souhaite
que cela fasse l'objet d'un débat ouvert avec les
adhérents de la fédération dans le
cadre du congrès d'octobre.
Si Denis n'était pas secrétaire
général de la fédération, je
pense qu'il serait moins sollicité par les
journalistes.
Denis détient sa légitimité des
adhérents de la FNME qui l'ont mandaté pour
les représenter. A ce titre j'estime pour ma part
qu'un secrétaire général doit accepter
d'être tenu « en laisse de la démocratie
».
J'ai très mal vécu, pour ma part, le fait que
Denis dise aux journalistes que tous les opposants au
contenu du relevé de conclusions étaient soit
des militants d'extrême gauche soit des militants qui
lorgnaient sur le mandat de secrétaire
général. Je suis, pour le moment, rien de tout
cela et pourtant j'ai considéré, comme la
majorité des salariés de la branche, que ce
relevé comportait plus d'éléments
négatifs que positifs.
Les syndicats relevant de la RP ou du secteur PTE, pour en
rester à ce que je connais le mieux, ont, dans leur
très grande majorité, adopté une
position portant le non après avoir recueilli l'avis
de leurs adhérents. Ils étaient donc
mandatés, contrairement à Denis qui s'est
répandu dans la presse sans aucun mandat des
instances et encore moins des adhérents.
Cette question marquant l'identité et l'histoire
de notre organisation syndicale doit également, de
mon point de vue, faire l'objet d'un débat avec nos
adhérents.
Les documents préparatoires au 47ème
congrès semblent réaffirmer notre
volonté de « libérer le salariat de
sa soumission au critère de la rentabilité
financière qui est au cur de la gestion de
l'entreprise » en soulignant que « la CGT
est amenée, dans et hors l'entreprise, à
contester la logique-même du capitalisme.
»
La réaffirmation de notre identité
singulière dans les documents du 47ème
congrès, qui marque d'ailleurs la différence
profonde avec les autres organisations syndicales du pays,
me semble en contradiction avec ce que Denis indiquait dans
une interview, à savoir : « Je suis
réformiste dans mon syndicat et
révolutionnaire dans mon parti ».
L'ensemble de ces questions, et probablement d'autres,
nécessite un débat large qui, au final, doit
être tranché par les syndiqués.
S'il s'avère que dans l'élaboration des
réponses aux questions posées, plusieurs
options se dessinaient, je suis partisan de mettre dans le
débat les différentes options et de
créer les conditions pour que les adhérents
s'approprient les éléments et tranchent dans
le sens qui leur paraît être le meilleur pour
eux et pour leur organisation syndicale.
N'est-ce pas un moyen de libérer les énergies
et de se saisir de cette opportunité pour que les
syndiqués rentrent vraiment dans la
préparation des congrès à venir,
décident des orientations de la FNME et enfin
désignent démocratiquement les
représentants les mieux à même de porter
la démarche qu'ils auront décidée ?