Le 15/01/2003

Eric ROULOT (membre du Bureau Fédéral) s'exprime sur l'avenir de la FNME

NOTE AUX MEMBRES DE LA CEF

Suite au Conseil Général du 10 janvier 2003, la CEF du 16 janvier prochain aura à engager une réflexion et élaborer une méthode de travail pour permettre à chaque syndicat, à chaque syndiqué, de donner son appréciation sur toutes les questions touchant à la vie et à la démarche syndicale.
En cela, je suis tout à fait d'accord avec la proposition qui consiste à lister dans un premier temps l'ensemble des dysfonctionnements constatés (partagés ou pas) dans la dernière période, pour ensuite tenter d'élaborer des réponses communes avec la majorité de nos adhérents.
Ce débat fera bien évidemment partie intégrante de la préparation du 2ème congrès de notre fédération et du 47ème congrès de la CGT.
C'est dans ce cadre et pour atteindre cet objectif que j'ai, en tant que membre de la CEF, jugé nécessaire de réaliser cette note, afin de pointer les questions qui nécessitent, à mon sens, un large débat avec les adhérents de notre organisation syndicale.

1. La culture du débat
Pour ma part, je considère que la crise actuelle qui secoue la fédération et qui vient d'atteindre son paroxysme avec la consultation sur les retraites, est avant tout liée à notre incapacité collective à débattre normalement en intégrant dans le processus de construction démocratique les points de vue divergents qui s'expriment au sein du collectif.
J'ai souvent l'impression d'être à la CEF ou au BF complètement impuissant face à cet appareil qui, quoi qu'il arrive, continue d'avancer inéluctablement dans la voie dessinée par quelques « initiés, en dehors des instances démocratiquement élues.
Nous fustigeons, toutes et tous, le fonctionnement en tendance car il ne permet pas de libérer les énergies. Mais je constate que nos méthodes de vie poussent à cela et amènent d'ailleurs certain militant à ne pas dire ce qu'ils pensent, considérant que l'essentiel des enjeux de cet « affrontement » se situe ailleurs, comprenez au niveau politique.
Cette situation, que chacune et chacun vit de plus en plus mal, constitue un handicap sérieux pour relever les défis de la prochaine période. Elle exige un débat franc et ouvert avec l'ensemble des adhérents pour parvenir à construire une organisation CGT dans laquelle chaque adhérent accepte la contradiction, considérant que la diversité des points de vue représente un bien commun et non pas une menace qui plane sur je ne sais quels intérêts supérieurs.
La tentative de me dessaisir politiquement de la permanence fédérale la semaine de Noël ou bien le fait que le Secrétaire Général de la fédération caricature mes prises de position, en indiquant qu'elles sont marquées par mes ambitions personnelles et ma soif de pouvoir, non seulement me blessent profondément, mais en plus cela me pousse à m'engager dans une démarche que j'ai toujours combattue, à savoir choisir son camp.
Je pense que si nous avions pris le soin de s'écouter, nous aurions évité de se retrouver en décalage avec les syndiqués et les salariés de la branche IEG lors de la consultation sur le relevé de conclusions.
Quand 4 fédérations syndicales sur 5, avec la complicité des Directions, déploient autant d'énergie pour que les salariés de la branche approuvent ce relevé de conclusions et qu'au bout du compte, les salariés majoritairement le rejettent, oui je pense que cela constitue un séisme social qu'il serait suicidaire de prendre à la légère. A mon sens, il pose une série de questions à l'ensemble du mouvement syndical français, notamment celle liée à la capacité des organisations syndicales à être à tout moment en phase avec les réalités de terrain et les aspirations des salariés.
Je pense que si le NON l'avait emporté lors du referendum sur le traité de Maastricht, nous aurions probablement demandé au Gouvernement de l'époque de tirer les enseignements de son échec et de prendre en considération ce que nous avions porté en tant qu'organisation syndicale.
Tout cela pour dire qu'à mon avis, il serait dangereux pour l'avenir de faire comme s'il ne s'était rien passé le 9 janvier. Il faut que la CEF de jeudi prenne de la hauteur afin de regarder les choses de manière objective.
Sur le sens du vote du 9 janvier, je ne pense pas que le NON exprimé par les salariés de la branche soit marqué par une démarche ancienne de contestation exclusive,de repli frileux, le dos au mur, mais marque plutôt ,dans la dynamique du 3 octobre et des élections prud'homales, la volonté des salariés d'en découdre afin d'imposer la prise en compte d'exigences de très haut niveau. Cela confère et redimensionne la responsabilité de l'ensemble des organisations syndicales et à ce titre, nous oblige à assurer le succès des manifestations inter pro du 1er février.
A cet égard, je pense qu'il ne faut pas tergiverser et dire clairement à ce Gouvernement que nous allons déployer toute notre énergie pour faire en sorte que ce relevé de conclusions ne soit pas transformé en texte législatif, car il ne répond pas au souhait exprimé par les salariés lors de la consultation du 9 janvier. Nous voulons engranger ce qui est bon et imposer un mode de financement pérenne tel qu'il a été porté par les fédérations lors des négociations.

2. Place et rôle des syndiqués
Sur cette question, je pense qu'il y a nécessité d'engager le débat car chacune et chacun d'entre nous a pu constater que des divergences existaient au sein de la CEF, et plus généralement dans le pays sur cette question.
Pour ma part, j'estime que si nous avions fait appel à l'intelligence des adhérents de la FNME pour élaborer notre positionnement sur le relevé de conclusions, nous aurions limité les risques du décalage constaté avec l'ensemble des agents, nous aurions favorisé l'implication plus large des adhérents dans le débat général et nous aurions conforté les syndicats qui avaient décidé de s'inscrire dans cette démarche, longtemps défendue par la fédération (voir document 1er congrès)
A ce sujet je pense qu'il est intéressant de prendre connaissance des documents préparatoires au 47ème congrès, dans la mesure où cette démarche consistant à consulter les syndiqués pour construire le positionnement du syndicat, est réaffirmée avec force.
Le document souligne d'ailleurs que « la CGT n'apparaît pas encore partout comme le syndicat où ce sont les syndiqués qui décident » et plus loin on peut lire « de faire connaître l'avis du syndicat élaboré avec les syndiqués »
Sans vouloir polémiquer, il est clair qu'à mon sens on ne peut pas se réclamer du 47ème congrès et en même temps impulser une démarche antinomique avec ce qui est proposé interprofessionellement et qui (c'est ma lecture) fait de la consultation des adhérents et du positionnement du syndicat un élément constitutif du débat démocratique et aussi un gage permettant l'appropriation et donc l'implication du plus grand nombre des adhérents dans les luttes avenir.

3. Rôle du secrétaire général
Pour ma part, je considère que le débat qui nous traverse peut déboucher sur un renouveau extrêmement positif pour notre syndicalisme dès lors que l'on s'attache à traiter les questions qui nous sont posées sur le fond et non pas à restreindre le débat à des questions du genre « Denis doit démissionner. »
Le résultat du vote au Conseil Général est pour ma part parfaitement clair ! Les syndicats ont très largement dit qu'ils ne souhaitaient pas que Denis soit démis de ses fonctions car ils considéraient que la question politique était belle et bien celle de la conception et de la nature de la démarche CGT : attention à ne pas interpréter le vote des délégués au Conseil Général de manière différente de ce qu'ils ont souhaité dire, sinon l'écart entre le terrain et la fédération risque de se creuser encore.
Lors de la consultation, l'achoppement entre militants s'est cristallisé autour du contenu des déclarations du secrétaire général qui, ouvertement, sans mandat et à titre personnel, s'est prononcé en faveur du relevé de conclusions.
Je n'ai pas la même conception que Denis du rôle d'un secrétaire général et je souhaite que cela fasse l'objet d'un débat ouvert avec les adhérents de la fédération dans le cadre du congrès d'octobre.
Si Denis n'était pas secrétaire général de la fédération, je pense qu'il serait moins sollicité par les journalistes.
Denis détient sa légitimité des adhérents de la FNME qui l'ont mandaté pour les représenter. A ce titre j'estime pour ma part qu'un secrétaire général doit accepter d'être tenu « en laisse de la démocratie ».
J'ai très mal vécu, pour ma part, le fait que Denis dise aux journalistes que tous les opposants au contenu du relevé de conclusions étaient soit des militants d'extrême gauche soit des militants qui lorgnaient sur le mandat de secrétaire général. Je suis, pour le moment, rien de tout cela et pourtant j'ai considéré, comme la majorité des salariés de la branche, que ce relevé comportait plus d'éléments négatifs que positifs.
Les syndicats relevant de la RP ou du secteur PTE, pour en rester à ce que je connais le mieux, ont, dans leur très grande majorité, adopté une position portant le non après avoir recueilli l'avis de leurs adhérents. Ils étaient donc mandatés, contrairement à Denis qui s'est répandu dans la presse sans aucun mandat des instances et encore moins des adhérents.

CGT réformiste ou de classe, de masse, unitaire, démocratique et indépendante.
Cette question marquant l'identité et l'histoire de notre organisation syndicale doit également, de mon point de vue, faire l'objet d'un débat avec nos adhérents.
Les documents préparatoires au 47ème congrès semblent réaffirmer notre volonté de « libérer le salariat de sa soumission au critère de la rentabilité financière qui est au cœur de la gestion de l'entreprise » en soulignant que « la CGT est amenée, dans et hors l'entreprise, à contester la logique-même du capitalisme. »
La réaffirmation de notre identité singulière dans les documents du 47ème congrès, qui marque d'ailleurs la différence profonde avec les autres organisations syndicales du pays, me semble en contradiction avec ce que Denis indiquait dans une interview, à savoir : « Je suis réformiste dans mon syndicat et révolutionnaire dans mon parti ».

Une méthode
L'ensemble de ces questions, et probablement d'autres, nécessite un débat large qui, au final, doit être tranché par les syndiqués.
S'il s'avère que dans l'élaboration des réponses aux questions posées, plusieurs options se dessinaient, je suis partisan de mettre dans le débat les différentes options et de créer les conditions pour que les adhérents s'approprient les éléments et tranchent dans le sens qui leur paraît être le meilleur pour eux et pour leur organisation syndicale.
N'est-ce pas un moyen de libérer les énergies et de se saisir de cette opportunité pour que les syndiqués rentrent vraiment dans la préparation des congrès à venir, décident des orientations de la FNME et enfin désignent démocratiquement les représentants les mieux à même de porter la démarche qu'ils auront décidée ?

Eric Roulot

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