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EDF : 500 JOURS pour
éviter le pire
(CGT-UFICT des Services Centraux EDF)
Réponse
à l'article du Monde de F.Roussely (25 février
2003) dans lequel il réclame l'ouverture du capital
de l'Etablissement.
500 jours ! C'est le
temps qui nous resterait avant l'ouverture du marché
le 1er juillet 2004. Des interrogations s'expriment, de
fortes résistances aussi : c'est pourquoi, le
vote du 9 janvier sur les retraites a clairement
répondu aux privatiseurs avoués ou
honteux.
Dans 500 jours, le 1er juillet 2004, 2,3 millions de
clients, tous les professionnels, pourraient choisir leurs
fournisseurs. Et alors ? En 2007, tout le monde
pourrait choisir son fournisseur, et quoi d'autre ?
Aujourd'hui, comme en 2007, sauf révolution
technologique majeure, la distance moyenne entre le lieu de
consommation et de production de l'électricité
sera toujours de 80 km. Qui continuera de produire pour
assurer la fourniture de ces consommateurs si ce n'est EDF,
premier exportateur européen
d'électricité et qui reste, de par la loi
fixant les missions de service public, chargé de la
fourniture de dernier ressort. EDF serait donc en
concurrence, mais avec qui ? Avec
elle-même essentiellement, en revendant son
produit à des intermédiaires (comme par
exemple les 6 GW mis aux enchères en contrepartie de
la prise de participation dans EnBW.) La concurrence en
France n'est que l'introduction d'intermédiaires
entre le producteur et le consommateur dans un contexte
où EDF demeure le seul producteur d'envergure
(inter)national.
Bref, il n'y aucun enjeu dans l'ouverture des
marchés en France du point de vue des glissements
vers d'autres fournisseurs. En revanche, la
péréquation, un des piliers du service public,
aura vécu. Par la suite, l'impact de cette
ouverture sur le devenir des concessions pourrait se
révéler dévastateur pour EDF et
GDF. Les collectivités locales pourraient en
effet choisir d'autres prestataires, plus
généreux, pour maintenir leurs réseaux.
Les directions ont choisi de casser la DEGS et l'état
de sa désorganisation actuelle n'est pas de nature
à rassurer les interlocuteurs locaux. Les
concessions : voilà le véritable enjeu,
et le Président d'EDF n'en dit mot. Classique
omission : focaliser sur l'accessoire pour taire
l'essentiel.
Présenter le marché comme une
« vraie révolution » est une
aimable plaisanterie. En fait une vraie régression
est engagée. Elle a été impulsée
par la Commission Européenne derrière laquelle
se cachent des gouvernements français peu
désireux d'assumer cette responsabilité.
Ils veulent un marché de l'électricité
et pourtant, l'électricité n'est pas une
marchandise. Les Scandinaves pourraient nous en parler
après le doublement de leurs factures
assaisonnées de quelques délestages. Les
Néerlandais et les Espagnols aussi. Sans compter les
salariés de Bristish Energy.
Face à cette régression planifiée, que
veulent-ils réellement ? D'abord se montrer,
pour certain, indispensable, en assommant le lecteur du
Monde d'une prose indigeste et indigente.
EDF a une histoire et des valeurs, c'est un fait, un
encadrement « exceptionnel »
d'après le Président d'EDF qui l'a le plus
mésestimé et en fait trop aujourd'hui.
Fortement implantée sur tout le territoire, parce
qu'EDF assume le service public de
l'électricité, elle a mis en place la
péréquation tarifaire nationale (concept
absolument incompréhensible à Bruxelles), la
desserte rurale, l'investissement dans la recherche, la
sécurité d'approvisionnement, la formation,
etc.
Il y a un an, le COMEX et ses consultants bavaient d'envie
devant le contre-modèle anglo-saxon. Et les
mêmes, importés à grand frais de
cabinets de consultant ou du secteur automobile, cherchaient
ailleurs des voies de croissance nouvelles pour EDF.
Aujourd'hui, les modèles anglo-saxons sont
passés de mode et le nouveau gadget est l'entreprise
du troisième type. Nous attendons les
résultats des cogitations du patron de l'OFCE,
missionné par la direction, pour donner un peu de
chair à cette fameuse voie. La concurrence et le
service public peuvent-ils être assumés par une
même entreprise ? L'expérience d'EDF,
depuis quelques années - et le
phénomène s'est amplifié avec
l'équipe dirigeante actuelle - tend à
démontrer que le marché vampirise le service
public. Les 100 milliards de FRF dépensés
à l'international, pour la concurrence donc, sont
autant de financement en moins pour l'activité de
service public dans l'acception large de ce terme. Les
villes qui rapportent moins de 30 000 euros de chiffres
d'affaire ? Non prioritaires ! La recherche ?
un ensemble de centres de coûts. La formation ?
Fermeture des écoles professionnelles,
« plan social » et éclatement
régional en vue au SFP. L'égalité de
traitement ? Les prix de vente aux clients
éligibles dégringolent et la direction
réclame une augmentation des barèmes des
tarifs pour les « clients » non
éligibles, etc.
Le programme d'économies serait le garant de notre
compétitivité nous assène pourtant le
Président. Laisser attendre un usager trois semaines
pour un branchement, externaliser entièrement la
maintenance des centrales nucléaires et les
compétences avec, fermer des
agences-clientèle, éviter les contacts
physiques en gestion clientèle (clients domestiques),
regrouper des moyens engendrant un éloignement des
lieux d'intervention des agents dont certains doivent
intervenir seuls dans des quartiers où il y a des
problèmes de sécurité
avérés, couper les budgets d'investissement de
réseaux, ne nous semblent pas une politique propre
à maintenir la confiance des usagers et des
personnels. Programme d'économies ? Mais les
agents y sont déjà fortement impliqués
depuis des années à leur corps
défendant avec des augmentations de salaires
régulièrement inférieures au coût
de la vie. Saluons quand même le renvoi des plus
gros salaires du groupe quoique les indemnités de
départs de ces quidam soient peu en rapport avec le
programme d'économies préconisé par
notre président, si dispendieux, qui a engagé
EDF dans des affaires rocambolesques comme EDF Trading ou
l'OPA italienne, mystérieuses même pour le
Conseil d'Administration.
Des coups fumants par conséquent dont l'un des
artisans vient d'être remercié mais point de
projet industriel. La fusion d'EDF et GDF redevient
d'actualité, non parce que tout à coup, le
monde des décideurs serait sensible aux idées
de la CGT mais parce qu'il fallait bien trouver quelque
chose à agiter après le 9 janvier. Justement
en ce qui concerne cette fusion, nous dirons au
Président que lorsqu'on veut causer histoire, autant
se renseigner d'abord. La fusion entre EDF et GDF a
effectivement été proposée en 1946 mais
repoussée par une majorité parlementaire qui
pensait limiter ainsi plus facilement le poids de la CGT
d'alors.
Nous ne demandons pas une fusion à l'allemande
(E-ON/Ruhrgas) avec bakchich à la clé. Nous
demandons une fusion qui permet une pérennisation de
la DEGS ainsi qu'un projet industriel commun car,
assurément, le gaz aussi aura un rôle dans la
mix énergétique français de demain.
Mais cette prétention de fusion est,
d'évidence, incompatible avec la concurrence
prônée par toutes les autorités car elle
s'inscrit dans la continuité historique du service
public français nationalisé. Les directions
préfèrent donc engager un nouveau milliard de
francs (dans le même genre programme OPTIMIA &endash;
jamais finalisé mais qui a tant coûté)
pour découpler les fichiers clientèle de la
DEGS. La concurrence coûte cher.
En ce qui concerne le financement, prétexte à
l'ouverture du capital, le Président devrait
peut-être ne pas «la ramener» trop fort sur
ce sujet délicat. Il se décide aujourd'hui
à remercier aujourd'hui des gens qui ont
dépensé beaucoup. Depuis quatre ans, ils
avaient pourtant carte blanche. Ils sont sacrifiés
avant l'échéance mais ils auront beaucoup
mérité de la France qui pense unique.
Des moyens financiers supplémentaires pour le service
public, pleurniche le Président. Mais le coût
des missions de service public vient d'être
passé aux consommateurs qui héritent, dans
leur facture, d'une ligne supplémentaire. Un
problème de fonds propres insuffisants nous dit-on.
A une époque, EDF avait des fonds propres
négatifs, mais, à cette époque, il
n'était pas question de mettre EDF en bourse. EDF
n'a pas assez de fonds propres parce qu'elle n'est pas
privatisée. EDF sera privatisée parce qu'elle
n'a pas assez de fonds propres. Avec des raisonnements
circulaires, on arrive toujours à ses fins.
Qu'un Président d'une entreprise publique
réclame l'ouverture du capital de son entreprise dans
un grand journal du soir est surprenant. En plus, F.Roussely
se permet de dire ce qu'il faut faire à son
« actionnaire ». C'est un peu gauche,
quand le Président en question a une commission
d'enquête parlementaire sur le dos.
Nous, notre confiance, nous ne la mettons ni dans le
Président d'EDF, ni dans l'Etat, mais dans notre
volonté collective de s'opposer à la
privatisation, à la concurrence, qui sont
antinomiques avec le service public. Et le service
public n'est pas une abstraction de nature quasi
théologique : le service public, c'est la
péréquation tarifaire, l'obligation de
desserte, l'égalité de traitement, la
continuité de fourniture, la sécurité
d'approvisionnement, l'obligation du choix des technologies
les plus efficaces, l'énergie vendue au coût de
revient, des droits pour les usagers et les
collectivités territoriales. Aucune, absolument
aucune, de ces conditions ne peut être assurée
par le marché.
Quant à la propriété du capital,
F.Roussely spécifie que l'Etat doit rester
majoritaire et que pour le reste, le père de
famille prudent serait l'archétype du futur
actionnaire d'EDF. Comme ce fut le cas pour EUROTUNNEL ou
France TELECOM ! Une « entreprise semi
privée » ne s'engagera dans un projet
industriel à partir du moment où elle recevra
l'aval de l'actionnaire. Or l'actionnaire
privé, qu'il faudrait conserver, recherche un
retour sur investissement et une rentabilité peu
compatibles avec des projets de développements
industriels et/ou des territoires, de long terme. Le
pouvoir dans « l'entreprise
semi-privée » change de nature et de
projets.
Soulignons que déjà au Conseil
d'Administration, les représentants de l'Etat
n'étaient pas les derniers à parler
d'abondance rentabilité et retour sur investissement.
Pour autant, la propriété du capital ne
devient pas une question de second ordre parce que d'une
part l'orientation idéologique des serviteurs de
l'Etat n'est pas figée, et d'autre part, la Nation
ne peut pas se priver d'un outil industriel indispensable et
stratégique dans la chaîne de création
de richesse. Ce n'est pas aux boursicoteurs, fussent-ils
des bons pères de famille, de déterminer la
politique énergétique de la France. Ni
d'ailleurs aux commissaires européens qui sont bien
incapables d'imaginer une politique
énergétique européenne puisqu'ils ne
jurent que par le marché.
Enfin, rappelons que EDF et GDFappartiennent à la
Nation et ne sauraient être le jouet d'une quelconque
majorité parlementaire.
Puisque le Président, qui ne doute de rien, en
appelle à la fierté, nous lui répondons
que nous sommes fiers d'EDF et GDF tant qu'elles
répondent aux besoins des populations, ce qu'elles
ont de plus en plus de difficultés à
réaliser.
500 jours ? Nous
sommes prévenus : pas un jour à
perdre !
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