Le 14/03/2003

Le "petit monde" de F Roussely ......

EDF : 500 JOURS pour éviter le pire (CGT-UFICT des Services Centraux EDF)

Réponse à l'article du Monde de F.Roussely (25 février 2003) dans lequel il réclame l'ouverture du capital de l'Etablissement.

500 jours ! C'est le temps qui nous resterait avant l'ouverture du marché le 1er juillet 2004. Des interrogations s'expriment, de fortes résistances aussi : c'est pourquoi, le vote du 9 janvier sur les retraites a clairement répondu aux privatiseurs avoués ou honteux.
Dans 500 jours, le 1er juillet 2004, 2,3 millions de clients, tous les professionnels, pourraient choisir leurs fournisseurs. Et alors ? En 2007, tout le monde pourrait choisir son fournisseur, et quoi d'autre ? Aujourd'hui, comme en 2007, sauf révolution technologique majeure, la distance moyenne entre le lieu de consommation et de production de l'électricité sera toujours de 80 km. Qui continuera de produire pour assurer la fourniture de ces consommateurs si ce n'est EDF, premier exportateur européen d'électricité et qui reste, de par la loi fixant les missions de service public, chargé de la fourniture de dernier ressort. EDF serait donc en concurrence, mais avec qui ? Avec elle-même essentiellement, en revendant son produit à des intermédiaires (comme par exemple les 6 GW mis aux enchères en contrepartie de la prise de participation dans EnBW.) La concurrence en France n'est que l'introduction d'intermédiaires entre le producteur et le consommateur dans un contexte où EDF demeure le seul producteur d'envergure (inter)national.
Bref, il n'y aucun enjeu dans l'ouverture des marchés en France du point de vue des glissements vers d'autres fournisseurs. En revanche, la péréquation, un des piliers du service public, aura vécu. Par la suite, l'impact de cette ouverture sur le devenir des concessions pourrait se révéler dévastateur pour EDF et GDF. Les collectivités locales pourraient en effet choisir d'autres prestataires, plus généreux, pour maintenir leurs réseaux. Les directions ont choisi de casser la DEGS et l'état de sa désorganisation actuelle n'est pas de nature à rassurer les interlocuteurs locaux. Les concessions : voilà le véritable enjeu, et le Président d'EDF n'en dit mot. Classique omission : focaliser sur l'accessoire pour taire l'essentiel.
Présenter le marché comme une « vraie révolution » est une aimable plaisanterie. En fait une vraie régression est engagée. Elle a été impulsée par la Commission Européenne derrière laquelle se cachent des gouvernements français peu désireux d'assumer cette responsabilité. Ils veulent un marché de l'électricité et pourtant, l'électricité n'est pas une marchandise. Les Scandinaves pourraient nous en parler après le doublement de leurs factures assaisonnées de quelques délestages. Les Néerlandais et les Espagnols aussi. Sans compter les salariés de Bristish Energy.
Face à cette régression planifiée, que veulent-ils réellement ? D'abord se montrer, pour certain, indispensable, en assommant le lecteur du Monde d'une prose indigeste et indigente.
EDF a une histoire et des valeurs, c'est un fait, un encadrement « exceptionnel » d'après le Président d'EDF qui l'a le plus mésestimé et en fait trop aujourd'hui. Fortement implantée sur tout le territoire, parce qu'EDF assume le service public de l'électricité, elle a mis en place la péréquation tarifaire nationale (concept absolument incompréhensible à Bruxelles), la desserte rurale, l'investissement dans la recherche, la sécurité d'approvisionnement, la formation, etc.
Il y a un an, le COMEX et ses consultants bavaient d'envie devant le contre-modèle anglo-saxon. Et les mêmes, importés à grand frais de cabinets de consultant ou du secteur automobile, cherchaient ailleurs des voies de croissance nouvelles pour EDF. Aujourd'hui, les modèles anglo-saxons sont passés de mode et le nouveau gadget est l'entreprise du troisième type. Nous attendons les résultats des cogitations du patron de l'OFCE, missionné par la direction, pour donner un peu de chair à cette fameuse voie. La concurrence et le service public peuvent-ils être assumés par une même entreprise ? L'expérience d'EDF, depuis quelques années - et le phénomène s'est amplifié avec l'équipe dirigeante actuelle - tend à démontrer que le marché vampirise le service public. Les 100 milliards de FRF dépensés à l'international, pour la concurrence donc, sont autant de financement en moins pour l'activité de service public dans l'acception large de ce terme. Les villes qui rapportent moins de 30 000 euros de chiffres d'affaire ? Non prioritaires ! La recherche ? un ensemble de centres de coûts. La formation ? Fermeture des écoles professionnelles, « plan social » et éclatement régional en vue au SFP. L'égalité de traitement ? Les prix de vente aux clients éligibles dégringolent et la direction réclame une augmentation des barèmes des tarifs pour les « clients » non éligibles, etc.
Le programme d'économies serait le garant de notre compétitivité nous assène pourtant le Président. Laisser attendre un usager trois semaines pour un branchement, externaliser entièrement la maintenance des centrales nucléaires et les compétences avec, fermer des agences-clientèle, éviter les contacts physiques en gestion clientèle (clients domestiques), regrouper des moyens engendrant un éloignement des lieux d'intervention des agents dont certains doivent intervenir seuls dans des quartiers où il y a des problèmes de sécurité avérés, couper les budgets d'investissement de réseaux, ne nous semblent pas une politique propre à maintenir la confiance des usagers et des personnels. Programme d'économies ? Mais les agents y sont déjà fortement impliqués depuis des années à leur corps défendant avec des augmentations de salaires régulièrement inférieures au coût de la vie. Saluons quand même le renvoi des plus gros salaires du groupe quoique les indemnités de départs de ces quidam soient peu en rapport avec le programme d'économies préconisé par notre président, si dispendieux, qui a engagé EDF dans des affaires rocambolesques comme EDF Trading ou l'OPA italienne, mystérieuses même pour le Conseil d'Administration.
Des coups fumants par conséquent dont l'un des artisans vient d'être remercié mais point de projet industriel. La fusion d'EDF et GDF redevient d'actualité, non parce que tout à coup, le monde des décideurs serait sensible aux idées de la CGT mais parce qu'il fallait bien trouver quelque chose à agiter après le 9 janvier. Justement en ce qui concerne cette fusion, nous dirons au Président que lorsqu'on veut causer histoire, autant se renseigner d'abord. La fusion entre EDF et GDF a effectivement été proposée en 1946 mais repoussée par une majorité parlementaire qui pensait limiter ainsi plus facilement le poids de la CGT d'alors.
Nous ne demandons pas une fusion à l'allemande (E-ON/Ruhrgas) avec bakchich à la clé. Nous demandons une fusion qui permet une pérennisation de la DEGS ainsi qu'un projet industriel commun car, assurément, le gaz aussi aura un rôle dans la mix énergétique français de demain. Mais cette prétention de fusion est, d'évidence, incompatible avec la concurrence prônée par toutes les autorités car elle s'inscrit dans la continuité historique du service public français nationalisé. Les directions préfèrent donc engager un nouveau milliard de francs (dans le même genre programme OPTIMIA &endash; jamais finalisé mais qui a tant coûté) pour découpler les fichiers clientèle de la DEGS. La concurrence coûte cher.
En ce qui concerne le financement, prétexte à l'ouverture du capital, le Président devrait peut-être ne pas «la ramener» trop fort sur ce sujet délicat. Il se décide aujourd'hui à remercier aujourd'hui des gens qui ont dépensé beaucoup. Depuis quatre ans, ils avaient pourtant carte blanche. Ils sont sacrifiés avant l'échéance mais ils auront beaucoup mérité de la France qui pense unique.
Des moyens financiers supplémentaires pour le service public, pleurniche le Président. Mais le coût des missions de service public vient d'être passé aux consommateurs qui héritent, dans leur facture, d'une ligne supplémentaire. Un problème de fonds propres insuffisants nous dit-on. A une époque, EDF avait des fonds propres négatifs, mais, à cette époque, il n'était pas question de mettre EDF en bourse. EDF n'a pas assez de fonds propres parce qu'elle n'est pas privatisée. EDF sera privatisée parce qu'elle n'a pas assez de fonds propres. Avec des raisonnements circulaires, on arrive toujours à ses fins.
Qu'un Président d'une entreprise publique réclame l'ouverture du capital de son entreprise dans un grand journal du soir est surprenant. En plus, F.Roussely se permet de dire ce qu'il faut faire à son « actionnaire ». C'est un peu gauche, quand le Président en question a une commission d'enquête parlementaire sur le dos.
Nous, notre confiance, nous ne la mettons ni dans le Président d'EDF, ni dans l'Etat, mais dans notre volonté collective de s'opposer à la privatisation, à la concurrence, qui sont antinomiques avec le service public. Et le service public n'est pas une abstraction de nature quasi théologique : le service public, c'est la péréquation tarifaire, l'obligation de desserte, l'égalité de traitement, la continuité de fourniture, la sécurité d'approvisionnement, l'obligation du choix des technologies les plus efficaces, l'énergie vendue au coût de revient, des droits pour les usagers et les collectivités territoriales. Aucune, absolument aucune, de ces conditions ne peut être assurée par le marché.
Quant à la propriété du capital, F.Roussely spécifie que l'Etat doit rester majoritaire et que pour le reste, le père de famille prudent serait l'archétype du futur actionnaire d'EDF. Comme ce fut le cas pour EUROTUNNEL ou France TELECOM ! Une « entreprise semi privée » ne s'engagera dans un projet industriel à partir du moment où elle recevra l'aval de l'actionnaire. Or l'actionnaire privé, qu'il faudrait conserver, recherche un retour sur investissement et une rentabilité peu compatibles avec des projets de développements industriels et/ou des territoires, de long terme. Le pouvoir dans « l'entreprise semi-privée » change de nature et de projets.
Soulignons que déjà au Conseil d'Administration, les représentants de l'Etat n'étaient pas les derniers à parler d'abondance rentabilité et retour sur investissement. Pour autant, la propriété du capital ne devient pas une question de second ordre parce que d'une part l'orientation idéologique des serviteurs de l'Etat n'est pas figée, et d'autre part, la Nation ne peut pas se priver d'un outil industriel indispensable et stratégique dans la chaîne de création de richesse. Ce n'est pas aux boursicoteurs, fussent-ils des bons pères de famille, de déterminer la politique énergétique de la France. Ni d'ailleurs aux commissaires européens qui sont bien incapables d'imaginer une politique énergétique européenne puisqu'ils ne jurent que par le marché.
Enfin, rappelons que EDF et GDFappartiennent à la Nation et ne sauraient être le jouet d'une quelconque majorité parlementaire.
Puisque le Président, qui ne doute de rien, en appelle à la fierté, nous lui répondons que nous sommes fiers d'EDF et GDF tant qu'elles répondent aux besoins des populations, ce qu'elles ont de plus en plus de difficultés à réaliser.

500 jours ? Nous sommes prévenus : pas un jour à perdre !

                                                        

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