Le 04/03/2003

Congres Confédéral: Syndicat révolutionnaire ou association de pecheurs à la ligne?

47eme Congrès Confédéral :

Expression du SPPTE Centre concernant la résolution N°1 « Solidaires pour de nouvelles conquêtes sociales »

La grenouille et le scorpion :

On peut se féliciter de la manière dont la Direction Confédérale prépare le 47eme Congrès. Que l'on soit d'accord ou pas avec le contenu, le débat est organisé sur des sujets importants. Les textes sont à la portée de tous et la possibilité de les approuver ou de les contester est réelle. Quatre résolutions sont proposées aux militants et aux syndiqués. Elles touchent des points importants qui font aujourd'hui l'objet de discussions et de divergences. C'est la première fois dans notre syndicat que les choix de société de la CGT et le fonctionnement de sa structure sont examinés à la loupe au moins par les militants de notre syndicat et de nos sections syndicales. Chat échaudé craint l'eau froide. La méfiance, jusqu'alors inconnue dans notre organisation vis à vis des structures nationales est une réalité. La manière dont les militants CGT d'EDF ont été roulés dans la farine ces dernières années par la Direction Fédérale et son secrétaire Général, a fait de nous des militants très méfiants. Cette méfiance ne touche pas la Direction Confédérale. Certes nous avons quelques divergences. Nous avons appris dans notre syndicat à vivre en toute fraternité entre camarades ayant des divergences politiques et philosophiques. Nous avons appris aussi que le pouvoir n'était pas indispensable pour un accomplissement individuel.

Le premier thème est intitulé :

« Solidaires pour de nouvelles conquêtes sociales »
Nous approuvons le constat qui est fait, à savoir, plus de pauvres, des pauvres encore plus pauvres. C'est un bon résumé de la situation qui montre des reculs sociaux en matière de droits au travail, de santé de pouvoir d'achat, de sécurité, etc ….
Pourquoi une telle situation ? La politique gouvernementale (nous ajoutons aussi bien gauche que droite) les prétentions patronales mais aussi l'incapacité des services publics de redistribuer la richesse afin que les plus démunis puissent bénéficier du minimum vital.
Devant un tel constat et une telle analyse des conséquences et des causes que dit la résolution :

« faire reculer la précarité, les discriminations, les exclusions, les inégalités, est une tâche immense et difficile, et pourtant la CGT doit considérer quelle a sur ce point une obligation de résultat ».

Un peu plus loin :
« Cela implique aussi la possibilité de peser sur les choix de production, d'organisation du travail, de formation des salariés t de stratégie des entreprises. Cela suppose une maîtrise collective des rouages économiques et sociaux, de la localité jusqu'à l'échelon des groupes mondiaux en passant par la Nation et l'Europe. Préserver et développer, dans les conditions d'aujourd'hui, la place et le rôle des services publics et des entreprises publiques et nationalisées, est un gage d'efficacité……etc… ».

Plus loin :
« Dans une telle situation, nous ne pouvons pas nous limiter, même si c'est nécessaire, à la seule défense des droits acquis, il faut imposer d'autres choix qui ouvrent la voix à une société plus juste et plus solidaire. »

Nous revendiquons plus loin :
« La CGT considère que progressivement, pourraient se construire les contenus concrets d'un nouveau statut du travail salarié qui serait un nouveau stade d'émancipation du travail et des hommes et des femmes au travail ».

En résumé nous avons la prétention légitime d'exiger plus pour combattre le recul social que nous constatons. C'est juste et nous sommes d'accord.

Nous pensons néanmoins qu'il y a un manque dans les moyens à mettre en œuvre les pouvoirs collectifs que nous revendiquons si nous n'affirmons pas clairement notre objectif de combattre les privatisations sous toutes leurs formes. Privatisations franches, sous-traitance, entrée de capitaux privés ou prises de participations etc …. Nous sommes abasourdis par le silence assourdissant des différentes structures de la CGT quant à l'annonce de la prise de participations (qualifiées de privatisation partielle par le journal « les Echos ») par l'entreprise privée italienne ENEL dans le capital de 4 centrales nucléaires Françaises.
Nous leurrons les syndiqués si nous leur laissons croire que l'on peut diriger collectivement une structure (entreprise industrielle, banque, service public) qui ne leur appartiendrait pas collectivement. Vous connaissez un patron qui distribue même parcimonieusement son pouvoir ou ses biens ? Vous connaissez un homme qui donne des sous à ses voisins ou le droit de marcher sur sa pelouse ? On ne dirige que ce que l'on possède, dans le cadre des lois de la République. La solidarité, nous sommes d'accord. La solidarité entre pauvres, nous laissons cela aux œuvres caritatives et aux religieux. La solidarité entre riches et pauvres oblige la remise en cause de l'ordre établi.

Cela est une illusion. Le loup mangera toujours l'agneau. Le scorpion tuera toujours la grenouille, c'est dans sa nature.

La CGT a t'elle toujours la volonté de remettre en cause l'ordre établit ? La CGT a t'elle toujours la volonté de remettre en cause le capitalisme ? Si oui elle doit l'affirmer. Si non, elle doit aussi l'affirmer.

Le mot « capitalisme » n'est pas utilisé dans cette résolution qui a pour but d'afficher aussi clairement que possible l'objectif à atteindre, qui doit désigner l'adversaire à combattre. Le capitalisme est-il toujours l'adversaire à combattre ?
Pour en entendre parler, il faut écouter France Culture, lire le Courrier International ou regarder ARTE à 2heures du matin.

La Direction Confédérale considère t'elle que le capitalisme n'existe plus ?

Si c'est le cas, cela explique que la lutte de classe n'existe plus. Cela aussi a disparu de la résolution. De la même façon qu'a disparue la notion de syndicat de classe qu'a toujours affirmé la CGT. Nos fondamentaux ont-ils disparus ?
Si la lutte de classe n'existe plus, il est évident qu'une organisation syndicale révolutionnaire (dans le sens de changer l'ordre établi )n'a plus de raison d'être. Cela explique pourquoi nous ne revendiquons plus dans la résolution la socialisation de certains moyens de production et d'échange comme moyen de peser sur le capitalisme pour redistribuer les revenus et permettre l'accès aux plus démunis à la santé, l'éducation, la sécurité, l'électricité, l'eau, etc...

Lorsque l'on ne parle pas de quelque chose, c'est que ce quelque chose n'existe pas ou que l'on veut cacher ce quelque chose.

Si le capitalisme n'existe pas, posons-nous la question s'il a déjà existé ?

S'il a déjà existé, quand a t'il disparu ?

S'il n'a jamais existé cela veut dire que depuis 1885 la CGT s'est trompée et des milliers de militants ont combattu dans l'erreur. Par respect pour leur combat, le moins que nous puissions faire est de reconnaître au grand jour notre erreur collective pour la rectifier. S'il n'y a pas eu d'erreur quant au combat anticapitaliste et que celui-ci existe toujours, pourquoi son existence est-elle passée sous silence alors que voilà quelques années chaque page ou presque, du rapport d'activité et du rapport d'orientation en faisait état.

Si le capitalisme existe toujours, pourquoi ne pas l'affirmer comme nous l'avons toujours fait, sauf, si notre organisation syndicale abandonne son orientation fondamentale de syndicat de classe anticapitaliste. Si c'est le cas, pourquoi cet abandon ? qui en a décidé ainsi ? ou cela a-t'il été discuté ? dans quel but ? pour quel objectif ?

Si nous admettons l'existence du capitalisme et donc sa nature néfaste pour l'homme sans nous donner l'outil pour le combattre, cela veut dire que nous l'acceptons comme système inéluctable.

Chacun conviendra que ce revirement historique mérite pour le moins qu'on en discute et qu'on tranche collectivement.

Les syndiqués doivent savoir clairement quel avenir on leur propose.

Nous devons tous savoir si nous donnons notre argent, nos cotisations à une organisation révolutionnaire ou à une nébuleuse avec des objectifs ambigus ou cachés.
Nous demandons que le Congrès débatte de cette question dès l'ouverture des travaux afin que les délégués sachent immédiatement dans quelle organisation ils militent.

La CGT peut se transformer en une association de pêcheurs à la ligne à condition que ce soient les délégués au Congrès, dûment mandatés par les syndiqués qui le décident.

Notre syndicat affirme à nouveau sa volonté de combattre le capitalisme et de se doter d'un outil syndical anticapitaliste de classe de masse démocratique et indépendant dans lequel les syndiqués débattent et décident.

Nous proposons l'amendement suivant :

(à la fin du 1er paragraphe)

notamment en s'opposant à toutes les formes de privatisation des entreprises nationalisées et des services publics, en revendiquant la socialisation des moyens de production et d'échanges. Le système capitaliste ne saurait être porteur des valeurs sociales et humaines permettant l'émancipation de l'homme. Il doit donc être combattu !

 

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