Le 03/03/2003

La Direction prend les cadres en otage et joue avec la sûreté nucléaaire

Lettre ouverte de l'Union Fédérale des Ingénieurs, cadres et Techniciens CGT au Directeur de la Production Nucléaire

OBJET: Gestion du conflit de la maintenance

Monsieur le Directeur,

Les agents de la maintenance du parc nucléaire sont actuellement dans l'action pour leurs revendications. Les démarches engagées par la Direction du Parc Nucléaire ont été marquées de la volonté de restreindre le droit de grève. Cela se traduit par l'extension des mesures répressives du type Note Benat et par la volonté de faire payer aux salariés les conséquences financières pour l'entreprise de la grève en comptant un temps de grève supérieur à la réalité. Pourtant lors de la réunion du 25 février dernier avec notre fédération vous avez dû reconnaître le bien fondé d'un certain nombre de revendications.
Dans ce contexte, le recours aux cadres pour suppléer les grévistes dans des opérations de chargement réacteur lors des arrêts de tranches ne peux qu'interroger sur votre sens du dialogue social . Il s'agit d'un fait sans précédent dans le nucléaire, qui avait jusqu'ici été épargné par de telles pratiques visant à utiliser les cadres comme « briseurs de grève ». Cette pratique est d'autant plus contestable dans le nucléaire que le récent colloque organisé par le CSC des CMP sur « le nucléaire et l'homme » a mis en évidence l'écart existant entre le management et les équipes de terrain, en pointant les conséquences de cet écart sur les performances globales et la sûreté. La prise en otage de cadres de la DPN dans le conflit de la maintenance est de nature à accroître encore cet écart. Il s'agit là d'un exemple flagrant où les directions privilégient la disponibilité au détriment des exigences de sûreté.
De plus il s'avère que pour mener à bien ce funeste projet, les directions n'hésitent pas à transgresser pour la circonstance les règles élémentaires de sûreté imposées en matière de formation et d'habilitation pour les opérations de chargement &endash; déchargement du réacteur.
Ainsi au lieu des 10 jours de formation réglementaires délivrant une « capacité » à faire (et non une aptitude) les cadres pressentis se contenteront de 7 jours. Votre adjoint est venu en personne « encourager » et « remercier » ces cadres lors de la première séance de formation. Le pire et le plus drôle ( mais faut-il vraiment rire ?) c'est que l'on compte parmi ces stagiaires volontaires le cadre responsable de la mise en œuvre du Management par la Qualité d'un CNPE ! C'est une bien curieuse conception de la qualité qui est ici développée!
Il est évident que cette attitude des directions ne va pas aider l'encadrement sur les sites nucléaires. Un encadrement pris en étau, ayant à faire face à une multitude de contraintes entre les exigences du « haut » et celles du « bas », chargé de rendre les arbitrages avec des moyens qu'il n'a pas lui-même déterminés. Le voici en plus aujourd'hui rendu responsable dans un conflit dont l'origine et les moyens de sa résolution lui échappent! Placer l'encadrement dans une telle situation (au-delà des quelques volontaires souvent désignés) est totalement irresponsable de la part des directions. Cela ne peut qu'accroître le malaise des cadres et mettre un peu plus en péril la cohésion sociale de l'entreprise. Les cadres des CNPE ont autre chose à faire que de servir de « bras vengeur » à des directions plus obnubilées par le marché que par la sûreté.

Il y a quelques mois l'Autorité de sûreté avait placé le site de Dampierre sous surveillance renforcée à cause du déficit de dialogue social sur ce CNPE, le menaçant même de fermeture si les choses ne s'arrangeaient pas. Ces événements montrent que vous n'avez rien compris à cette alerte et que la conception de la sûreté des directions est à géométrie variable suivant les impératifs du marché.

L'Union Fédérale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens CGT ne se résout pas à cette dérive dangereuse de la gestion du parc nucléaire. Parce que la CGT est pour le développement du nucléaire au service de la réponse aux besoins sociaux, elle ne saurait accepter que l'on fasse passer le marché avant la sûreté, la rentabilité à court terme avant la cohésion des collectifs de travail garante de la maîtrise de la sûreté à moyen et long terme. L'UFICT-CGT demande en conséquence à être reçue rapidement sur cette situation.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations distinguées.

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