La
Direction prend les cadres en otage et joue avec la
sûreté nucléaaire Lettre
ouverte de l'Union Fédérale des
Ingénieurs, cadres et Techniciens CGT au Directeur de
la Production Nucléaire OBJET: Gestion
du conflit de la maintenance Monsieur le
Directeur, Les agents de
la maintenance du parc nucléaire sont actuellement
dans l'action pour leurs revendications. Les
démarches engagées par la Direction du Parc
Nucléaire ont été marquées de la
volonté de restreindre le droit de grève. Cela
se traduit par l'extension des mesures répressives du
type Note Benat et par la volonté de faire payer aux
salariés les conséquences financières
pour l'entreprise de la grève en comptant un temps de
grève supérieur à la
réalité. Pourtant lors de la réunion du
25 février dernier avec notre
fédération vous avez dû
reconnaître le bien fondé d'un certain nombre
de revendications. Il y a quelques
mois l'Autorité de sûreté avait
placé le site de Dampierre sous surveillance
renforcée à cause du déficit de
dialogue social sur ce CNPE, le menaçant même
de fermeture si les choses ne s'arrangeaient pas. Ces
événements montrent que vous n'avez rien
compris à cette alerte et que la conception de la
sûreté des directions est à
géométrie variable suivant les
impératifs du marché. L'Union
Fédérale des Ingénieurs, Cadres et
Techniciens CGT ne se résout pas à cette
dérive dangereuse de la gestion du parc
nucléaire. Parce que la CGT est pour le
développement du nucléaire au service de la
réponse aux besoins sociaux, elle ne saurait accepter
que l'on fasse passer le marché avant la
sûreté, la rentabilité à court
terme avant la cohésion des collectifs de travail
garante de la maîtrise de la sûreté
à moyen et long terme. L'UFICT-CGT demande en
conséquence à être reçue
rapidement sur cette situation. Veuillez
agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations
distinguées.
Dans ce contexte, le recours aux cadres pour suppléer
les grévistes dans des opérations de
chargement réacteur lors des arrêts de tranches
ne peux qu'interroger sur votre sens du dialogue social . Il
s'agit d'un fait sans précédent dans le
nucléaire, qui avait jusqu'ici été
épargné par de telles pratiques visant
à utiliser les cadres comme « briseurs de
grève ». Cette pratique est d'autant plus
contestable dans le nucléaire que le récent
colloque organisé par le CSC des CMP sur « le
nucléaire et l'homme » a mis en évidence
l'écart existant entre le management et les
équipes de terrain, en pointant les
conséquences de cet écart sur les performances
globales et la sûreté. La prise en otage de
cadres de la DPN dans le conflit de la maintenance est de
nature à accroître encore cet écart. Il
s'agit là d'un exemple flagrant où les
directions privilégient la disponibilité au
détriment des exigences de sûreté.
De plus il s'avère que pour mener à bien ce
funeste projet, les directions n'hésitent pas
à transgresser pour la circonstance les règles
élémentaires de sûreté
imposées en matière de formation et
d'habilitation pour les opérations de chargement
&endash; déchargement du réacteur.
Ainsi au lieu des 10 jours de formation
réglementaires délivrant une «
capacité » à faire (et non une aptitude)
les cadres pressentis se contenteront de 7 jours. Votre
adjoint est venu en personne « encourager » et
« remercier » ces cadres lors de la
première séance de formation. Le pire et le
plus drôle ( mais faut-il vraiment rire ?) c'est que
l'on compte parmi ces stagiaires volontaires le cadre
responsable de la mise en uvre du Management par la
Qualité d'un CNPE ! C'est une bien curieuse
conception de la qualité qui est ici
développée!
Il est évident que cette attitude des directions ne
va pas aider l'encadrement sur les sites nucléaires.
Un encadrement pris en étau, ayant à faire
face à une multitude de contraintes entre les
exigences du « haut » et celles du « bas
», chargé de rendre les arbitrages avec des
moyens qu'il n'a pas lui-même
déterminés. Le voici en plus aujourd'hui rendu
responsable dans un conflit dont l'origine et les moyens de
sa résolution lui échappent! Placer
l'encadrement dans une telle situation (au-delà des
quelques volontaires souvent désignés) est
totalement irresponsable de la part des directions. Cela ne
peut qu'accroître le malaise des cadres et mettre un
peu plus en péril la cohésion sociale de
l'entreprise. Les cadres des CNPE ont autre chose à
faire que de servir de « bras vengeur » à
des directions plus obnubilées par le marché
que par la sûreté.