Fédération Nationale Mines Energie - CGT

Courrier adressé à la Direction générale de la sûreté nucléaire et de La radioprotection

6 place du Colonel Bourgoin

75572 PARIS Cedex 12

Montreuil, le 20 octobre 2005

Monsieur le Directeur,

La gestion, par la hiérarchie d’EDF, de l’incident survenu le 30 septembre 2005 à la centrale de Nogent, amène notre fédération à s’adresser à vous.

Dans le message qui accompagnait l’annonce du redémarrage de la tranche aux cadres du site, M. LE GAC, directeur du CNPE de Nogent, donnait l’information suivante  : "Les causes profondes de l'événement qui a conduit au déclenchement du PUI restent à déterminer. A cette heure, nous savons que ces causes sont plurielles : procédures, enchaînement des actions et particularités de l'installation (puisard et acrotère en lien avec le joint inter bâtiment). Seule une analyse poussée permettra de définir le poids respectif de chacune de ces causes».

Vous comprendrez que, sans remettre en cause l’avis des inspecteurs de la DRIRE consultés sur le programme de redémarrage, notre fédération ne peut que s’interroger sur l’empressement des directions de l’entreprise à remettre cette tranche en exploitation, alors que les causes profondes de l’évènement n’ont pu être complètement déterminées.

De plus, la mise à l’arrêt de la deuxième tranche ce même week-end pour sa visite partielle programmée, a entraîné un surcroît d’activité pour le personnel déjà fortement marqué par l’incident qu’il vient de vivre et dont certains agents nous semblent dans un état psychologique fragile.

Pour toutes ces raisons, nous avons interpellé la direction du site, de la DPN, le Président du CNHSCT d’EDF et de Gaz de France afin de faire suspendre le redémarrage de la tranche, ce qui nous semblait de nature à permettre de meilleures conditions pour réaliser les opérations sur le site. La direction a choisi de procéder tout de même au redémarrage avec des effectifs réduits (période de week-end) et ayant vécu un événement important et rare (PUI) une semaine plus tôt. A cet égard, nous dénonçons les pressions exercées sur certains agents pour qu’ils effectuent les opérations dans de telles conditions, alors qu’ils expriment leur besoin de recul par rapport aux événements vécus.

Sur les causes qui ont conduit à l’incident du 30 septembre, nous considérons que les premières constatations réalisées, notamment la présence de dispositifs provisoires indignes de la rigueur indispensable à l’exploitation du nucléaire, doivent conduire à une analyse particulièrement approfondie. Celle-ci devra déboucher sur des mesures permettant de restaurer l’intégrité des locaux sur le site de Nogent, tout comme sur l’ensemble des tranches du parc pouvant être concernées, en s’interrogeant sur les mesures prises sur la tranche 1 de Nogent. Elles doivent également rendre impossible la reproduction de telles pratiques sur l’ensemble du parc.

Il n’est pas admissible que la direction du CNPE , tout comme celle de la Division Production Nucléaire d’EDF, n’aient pas mis en œuvre la transparence qui s’impose à l’égard des représentants du personnel dans une telle situation, sans préjuger de ce qui a pu être fait vis-à-vis de vos services.

La succession d’événements sur cette tranche et dans cette période, nous incite à revenir sur plusieurs types de dysfonctionnements mis en évidence à cette occasion :

  • La dégradation des relations au sein des équipes de travail tant parmi les opérateurs les plus proches de la conduite de la tranche que dans leurs relations avec leur hiérarchie ;
  • L’empressement des directions des CNPE à revenir à marche forcée vers des situations de tranche en production quel que soit l’état de celle-ci, tant au niveau du matériel directement impacté et des équipes en charge que de la défense en profondeur vis-à-vis de la sûreté ;
  • Nous sommes d’autant plus interpellés par cette attitude que la situation du réseau ne l’imposait absolument pas dans une période quasi estivale.

Nous considérons que la pression mise sur les durées d’arrêts, cumulée à celle sur les coûts, conduit à de telles situations qui révèlent une dégradation régulière de la sûreté de nos installations.

Cette évolution négative nécessite, une réorientation sérieuse. Nous sollicitons un entretien avec vos services pour examiner comment nous pouvons, chacun en ce qui nous concerne, travailler à cet objectif commun.

Restant à votre disposition, veuillez croire, Monsieur le Directeur, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

Pour la FNME-CGT

Jean-Luc SILVAIN

Retour au sommaire

 

Haut de page