Lettre au
syndicat Cubain de Matanzas à propos de la nouvelle
brigade
Melun, le 11 avril
2003 Cher Isaïa, Felipe,
Cher(e)s Camarades, Dans quelques jours,
le groupe composant la future brigade se rendra à
Mantazas. Dans un domaine qui vous
concerne, nous apprenons que plusieurs voix qui
s'élèvent contre le gouvernement cubain ont
fait l'objet de lourdes peines de prison.
C'est l'occasion pour nous de prendre la plume pour vous
communiquer quelques nouvelles qui, nous l'espérons,
vous trouveront en pleine forme et en pleine
santé.
C'est avec beaucoup de joie et de fraternité que les
délégués de notre syndicat,
réunis en Congrès fin janvier, ont accueilli
Isaïa et Teresa, invités à cette
occasion.
Nous espérons que leur séjour a
été fructueux, que nos deux camarades ont
rejoint Cuba la tête bien pleine, remplie de ce qu'est
la France, le monde du travail français et des
débats qui ont animé notre syndicat lors de
leur visite.
La Cgt au plan interprofessionnel (la
Confédération) s'est également
réunie en Congrès au cours de la
dernière semaine de mars et nous pouvons dire que les
discussions au sein de notre organisation ne sont pas
passées inaperçues.
En effet, face à une offensive
particulièrement brutale du patronat français
à l'encontre des questions sociales qui
intéressent l'ensemble du salariat, les
délégués ont longuement débattu
de l'orientation et de la stratégie de la Cgt.
La question de fond est bien la suivante : dans un
contexte où le capitalisme produit toujours plus
d'effets dévastateurs, la Cgt doit-elle s'adapter ou
continuer à combattre résolument ce
système ?
II y a sur ce sujet fondamental un véritable
débat. Et nous pouvons affirmer qu'il existe un
réel malaise car nous constatons que certains sont
favorables à ce que notre organisation emprunte
un chemin réformiste. Malaise qu'il est impossible de
résumer à un courant d'extrême gauche
qui s'exprime au sein de la Cgt, s'agissant des camarades
qui s'opposent à ce vent de réformisme.
La première organisation syndicale française
est-elle en train de se recentrer au prix d'un
réalisme face au capitalisme dont la domination
serait inéluctable ? Seul l'avenir des prochaines
années nous le dira.
Pour notre part, nous sommes vivement opposés
à une telle évolution et nous agissons dans ce
sens.
II n'en demeure pas moins vrai que nous sommes dans une
période de recul social et aucune disposition sociale
n'est épargnée : emploi (le chômage est
reparti à la hausse en France), salaires,
reconnaissance des qualifications, services publics,
retraite, sécurité sociale, santé,etc.
.. ).
Les puissances libérales tiennent toutes les
rênes du pouvoir depuis un an et elles agissent avec
rapidité pour satisfaire les appétits du
patronat français et européen. C'est ainsi,
par exemple, qu'avant l'été et malgré
les nombreuses et importantes manifestations des
salariés dans le pays, le gouvernement entend
remettre en cause le système de retraites de la
population avant de s'attaquer à son régime de
protection sociale d'ici la fin de l'année.
Dans le pays, des dizaines d'usines sont fermées,
jetant à la rue des milliers de femmes et d'hommes
qui se retrouvent sans emploi et avec un avenir très
incertain pour beaucoup d'entre eux.
Voilà ce que à quoi le syndicalisme en
général et la Cgt en particulier sont
confrontés, considérant la situation d'un
salariat qui s'est profondément modifié en
quantité, en qualité, en niveau culturel, en
lieu géographique.
La volonté de la Cgt reste toujours de rassembler le
syndicalisme qui est historiquement divisé en France,
mais cette volonté d'unité, qui est certes une
nécessité, ne doit pas, selon nous, conduire
à ce que nous abandonnions nos valeurs fondamentales
: rester une organisation syndicale de masse, de classe,
unitaire, révolutionnaire et qui se donne comme
visée la transformation de la
société.
Nous sommes effectivement dans une période complexe,
compliquée, d'autant que la situation internationale
ne facilite pas les choses.
Les Français, les salariés français
continuent à se mobiliser contre cette sale guerre en
Irak dont il n'a jamais fait de doute qu'elle vise
simplement à servir les intérêts des
compagnies pétrolières américaines.
Mais ce conflit pèse aussi dans les consciences,
presse, télévision et radio ne manquent pas
d'alimenter un véritable écran de fumée
alors que sur le plan social, la situation continue de se
dégrader.
Le pouvoir de l'information en France n'a pas manqué
de se saisir de cette situation, mentionnant que le
l'état cubain profitait du contexte international
pour régler le cas des opposants. Quelques
précisions de votre part participeraient à
notre éclairage alors que nos militants et
adhérents pourraient nous interroger sur le
sujet.
Voilà, Chers Camarades, quelques nouvelles que nous
vous adressons avec toute notre
fraternité.
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