Le 18/04/2003

Lettre au syndicat Cubain de Matanzas à propos de la nouvelle brigade

Melun, le 11 avril 2003

Cher Isaïa, Felipe, Cher(e)s Camarades,

 Dans quelques jours, le groupe composant la future brigade se rendra à Mantazas.
C'est l'occasion pour nous de prendre la plume pour vous communiquer quelques nouvelles qui, nous l'espérons, vous trouveront en pleine forme et en pleine santé.
C'est avec beaucoup de joie et de fraternité que les délégués de notre syndicat, réunis en Congrès fin janvier, ont accueilli Isaïa et Teresa, invités à cette occasion.
Nous espérons que leur séjour a été fructueux, que nos deux camarades ont rejoint Cuba la tête bien pleine, remplie de ce qu'est la France, le monde du travail français et des débats qui ont animé notre syndicat lors de leur visite.
La Cgt au plan interprofessionnel (la Confédération) s'est également réunie en Congrès au cours de la dernière semaine de mars et nous pouvons dire que les discussions au sein de notre organisation ne sont pas passées inaperçues.
En effet, face à une offensive particulièrement brutale du patronat français à l'encontre des questions sociales qui intéressent l'ensemble du salariat, les délégués ont longuement débattu de l'orientation et de la stratégie de la Cgt.
La question de fond est bien la suivante : dans un contexte où le capitalisme produit toujours plus d'effets dévastateurs, la Cgt doit-elle s'adapter ou continuer à combattre résolument ce système ?
II y a sur ce sujet fondamental un véritable débat. Et nous pouvons affirmer qu'il existe un réel malaise car nous constatons que certains sont favorables à ce que  notre organisation emprunte un chemin réformiste. Malaise qu'il est impossible de résumer à un courant d'extrême gauche qui s'exprime au sein de la Cgt, s'agissant des camarades qui s'opposent à ce vent de réformisme.
La première organisation syndicale française est-elle en train de se recentrer au prix d'un réalisme face au capitalisme dont la domination serait inéluctable ? Seul l'avenir des prochaines années nous le dira.
Pour notre part, nous sommes vivement opposés à une telle évolution et nous agissons dans ce sens.
II n'en demeure pas moins vrai que nous sommes dans une période de recul social et aucune disposition sociale n'est épargnée : emploi (le chômage est reparti à la hausse en France), salaires, reconnaissance des qualifications, services publics, retraite, sécurité sociale, santé,etc. .. ).
Les puissances libérales tiennent toutes les rênes du pouvoir depuis un an et elles agissent avec rapidité pour satisfaire les appétits du patronat français et européen. C'est ainsi, par exemple, qu'avant l'été et malgré les nombreuses et importantes manifestations des salariés dans le pays, le gouvernement entend remettre en cause le système de retraites de la population avant de s'attaquer à son régime de protection sociale d'ici la fin de l'année.
Dans le pays, des dizaines d'usines sont fermées, jetant à la rue des milliers de femmes et d'hommes qui se retrouvent sans emploi et avec un avenir très incertain pour beaucoup d'entre eux.
Voilà ce que à quoi le syndicalisme en général et la Cgt en particulier sont confrontés, considérant la situation d'un salariat qui s'est profondément modifié en quantité, en qualité, en niveau culturel, en lieu géographique.
La volonté de la Cgt reste toujours de rassembler le syndicalisme qui est historiquement divisé en France, mais cette volonté d'unité, qui est certes une nécessité, ne doit pas, selon nous, conduire à ce que nous abandonnions nos valeurs fondamentales : rester une organisation syndicale de masse, de classe, unitaire, révolutionnaire et qui se donne comme visée la transformation de la société.
Nous sommes effectivement dans une période complexe, compliquée, d'autant que la situation internationale ne facilite pas les choses.
Les Français, les salariés français continuent à se mobiliser contre cette sale guerre en Irak dont il n'a jamais fait de doute qu'elle vise simplement à servir les intérêts des compagnies pétrolières américaines.
Mais ce conflit pèse aussi dans les consciences, presse, télévision et radio ne manquent pas d'alimenter un véritable écran de fumée alors que sur le plan social, la situation continue de se dégrader.

Dans un domaine qui vous concerne, nous apprenons que plusieurs voix qui s'élèvent contre le gouvernement cubain ont fait l'objet de lourdes peines de prison.
Le pouvoir de l'information en France n'a pas manqué de se saisir de cette situation, mentionnant que le l'état cubain profitait du contexte international pour régler le cas des opposants. Quelques précisions de votre part participeraient à notre éclairage alors que nos militants et adhérents pourraient nous interroger sur le sujet.
Voilà, Chers Camarades, quelques nouvelles que nous vous adressons avec toute notre fraternité.

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