Le 26/11/2003

Presser le citron jusqu'à la catastrophe ? - CHSCT du 24 Novembre 2003

IL N'Y A PAS QUE LA VERITE QUI BLESSE…
LE MANAGEMENT AUSSI ! ! !

 CNPE DE BELLEVILLE
CHSCT EXTRAORDINAIRE
24 NOVEMBRE 2003
DECLARATION LIMINAIRE DES MEMBRES CGT

 Nous alertons depuis de nombreuses années sur les conséquences d'une politique où prime la notion de choix économiques face à celle de choix techniques.
Nous l'avons fait en 2002, en séance de CMP, à l'occasion de la présentation de restrictions budgétaires.
Nous l'avons fait, au travers d'une communication à l'externe, sur le même sujet.
Nous mesurons, tout comme l'ensemble du personnel, au travers des différentes activités de chacun, toutes les difficultés qu'impose une telle politique dans leurs accomplissements.
Cette politique, dans laquelle prédomine le risque industriel, est mise en exergue à chaque arrêt de tranche, de par les contrats qui, globalement, sont négociés au moins disant ; des temps d'arrêt programmé, insuffisamment longs ; des volumes d'activités, reportés d'arrêt en arrêt ; des renoncements sur la maintenance de matériels, de plus en plus importants.
Les deux derniers arrêts de tranche sont aussi révélateurs d'une dégradation de la qualité du travail réalisé à tous niveaux : manque de pièce de rechange, manque d'outillage, manque de personnel, manque de qualification et de professionnalisme, sous-traitance en cascade.
Qui peut nier les problèmes accrus rencontrés à chaque redémarrage ?
Aujourd'hui, un bon technicien, préparateur ou ingénieur, doit savoir remettre en cause l'expertise technique d'un collègue en avançant des raisons économiques ! !
Un certain nombre de robinets, sur le secondaire (GCT, ADG), s'est ainsi vu usiné au-delà des préconisations contenues dans les gammes d'intervention, après modification de celles-ci.
Des visites internes de robinets se sont multipliées dans la précipitation, pour des raisons d'inétanchéité lors des montées en pression sur l'épreuve secondaire, sur lesquels l'impasse de maintenance avait été faite.
Les retours d'expériences, à tous niveaux, ne permettent aucun réajustement en profondeur et ne servent que d'exutoire d'un stress accumulé sur une durée d'arrêt.
Ils sont un outil managérial de cette politique de faire semblant où rien ne doit surtout changer sur le fond.
La dégradation des conditions de travail est à la hauteur de cette politique aux conséquences inhumaines.
Aujourd'hui, des salariés, prestataires du nucléaire, sont au sandwich midi et soir et vivent sur le parking dans des camionnettes aménagées, afin de gagner leur vie le moins mal possible.
Ces salariés, qui ont les conditions de travail les plus pénibles, qui subissent la pression des donneurs d'ordre d'EDF au quotidien, combien sont-ils à ne pouvoir rentrer chez eux tous les week-end, à dépasser les durées légales de travail, quotidienne et hebdomadaire ?
Sur ce dernier point, des documents confirment de graves écarts aux règles du code du travail sur l'arrêt de tranche 2.
Ces écarts concernent 28 salariés de 12 entreprises différentes pour des activités en zone contrôlée.
Ces documents font apparaître des temps de présence en zone contrôlée allant de 10h08 à 13h59, si l'on y ajoute les temps d'accès sur site, d'habillage/déshabillage et éventuellement de retrait de consignation, d'outillage ou de pièce détachée des magasins, ces salariés cumulent des temps de travail effectif digne de Germinal.
Nous ne pouvons laisser sous silence de telles dérives et il est de notre responsabilité d'en informer l'Inspection du Travail et de mettre à sa disposition les documents en notre possession.
Nous avons aussi été informés de temps de présence sur site proches de 24h, concernant des salariés de l'entreprise Boccard, intervenant sur le remplacement du collecteur 2 RRA 208 TY, ces salariés en équipe, se relayant sur le chantier, auraient pris leur temps de repos sur site, dormant dans les vestiaires.
Cette information, et afin d'en contrôler la véracité, nous amène à demander, officiellement, l'ouverture du 3K sur la période allant du 22/10 à 8h au 28/10 à 17h, correspondant approximativement à la période des travaux, ainsi que les doses intégrées.

Le personnel statutaire n'est pas en reste non plus, il est confronté aux manques d'effectifs, aux manques de moyens matériels et financiers.
Il y est d'autant plus quand il doit répondre par la négative aux besoins des entreprises dont-il assure la surveillance.
Il subit, lui aussi, une pression permanente et en particulier la génération de personnel la plus jeune.
Cette génération voulue taillable et corvéable à merci, à laquelle il est rappelé sans cesse que de son attitude dépend son évolution de carrière, est menacée de "sanction" au moindre faux pas.
Malgré une "loi de l'omerta" certain, malgré tout, nous alertent.
Convoqués par leur hiérarchie, des jeunes sont intimidés pour avoir eu la "prétention" ou simplement l'idée de postuler et ainsi les rappeler au bon souvenir d'un contrat moral à géométrie variable.
Ces jeunes, embauchés à 32h, auxquels, en fonction des besoins, la hiérarchie reproche ou non les dépassements horaires.
Ces jeunes, sollicités à domicile, en repos, auxquels il est fortement conseillé d'être disponibles pour  satisfaire aux exigences du management.
Nous assimilons l'ensemble de ces éléments à du harcèlement moral et la Direction portera toute la responsabilité d'actes dont les conséquences pourraient nuire à l'intégrité physique ou morale du personnel.
Si certains osent s'exprimer et dénoncer ce harcèlement, combien sont-ils à le subir en silence ?
Sur l'arrêt de tranche 2, des personnels du SMT et du SAE, pour les cas que l'on connaît, ont travaillé douze jours d'affilé, à raison de plus de cinquante heures par semaine, pour un nombre dérisoire de déclarations de dépassements hebdomadaires.
Nous avions, en 2002, lors des négociations entre partenaires sociaux, sur la référence à la semaine civile et calendaire, identifié les possibles dérives qu'offrirait aux hiérarchies des services la référence calendaire.
Nos craintes, aujourd'hui justifiées, nous avaient amené à refuser de signer l'accord proposé par la Direction en faveur de cette référence.
Mais c'était sans compter sur deux organisations syndicales minoritaires, qui ont, malgré tout, donné leur approbation, et aujourd'hui nous en mesurons toutes les conséquences négatives pour le personnel, et d'autant mieux que les engagements de contrôle ne sont pas respectés.
Au regard des agents en dépassements horaires, identifiables, que dire des agents qui travaillent en temps masqué, cumulant des temps de présence sur site largement supérieurs aux durées légales ou répartissant leur temps de travail sur plusieurs journées ?
Nous affirmons que de nombreux pointages ne reflètent pas la réalité.
Ce même constat, sur l'arrêt de tranche précédent, nous avait amené à alerter par courrier l'Inspection du Travail.
Nous appelons ces collègues à prendre conscience de la dangerosité à satisfaire un management qui en demande toujours plus.
Nous les alertons sur les risques qu'ils prennent pour eux même et pour ceux qui les entourent et, au-delà, des risques pénaux auxquels ils pourraient être exposés.
Nous dénonçons ce laxisme managérial, à tous niveaux, qui consiste à fermer les yeux et croiser les doigts sur des écarts aux règles du code du travail, "devenu" règle de base dans une organisation d'arrêt de tranche.
Tout comme nous dénonçons cette culpabilisation systématique du personnel quand la Direction affirme que : "75% des accidents relèvent d'un comportement individuel inadapté".
Nous alertons donc, à nouveau, le Président du CHSCT, sur les effets néfastes de cette politique et nous n'accepterons jamais que les conditions de travail et la sécurité du personnel, tout comme la sûreté de nos installations, soient sacrifiées sur l'hôtel de la réduction des coûts.
Alors, faut-il que le personnel et ses représentants prennent comme une provocation la programmation, sur une matinée, d'une réunion dédiée à la prévention des risques ?
Chercher à se dédouaner en faisant partager au personnel sa responsabilité dans la dégradation des conditions de travail n'est pas ce que chacun est en droit d'attendre d'une Direction responsable !
Dans ces conditions, les membres CGT du CHSCT ne cautionnent pas ce type d'initiative et appellent le personnel à interpeller la Direction sur ses responsabilités.
Et sans préjuger de l'avenir et des débats qui vont avoir lieu sur le point à l'ordre du jour concernant la rupture d'une tuyauterie STR tranche 1, nous considérons d'ors et déjà que la fatalité n'y a pas sa place.
Belleville, le 24 novembre 2003

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